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20/04/2007

Présidentielles : les ancêtres de M. Le Pen parlaient-ils français ?

J'ai entendu hier à la télévision, Jean-Marie Le Pen souligner que Nicolas Sarkozy a un seul grand-parent français, ce qui ne serait pas "éthique" pour briguer la présidence de la République. "Ethique" ou ethnique ? Ne confondons pas. Le projet républicain ne se base pas sur l'ethnique, auquel cas on pourrait aller voir du côté de M. Le Pen lui-même. Je rappelle que je l'ai entendu parler breton dans les rues de Locmariaquer, lors d'une élection législative partielle, en décembre 1983... Les grand-parents de M. Le Pen étaient Français, ses ancêtres sans doute également  (les Bretons sont Français depuis 1532), mais parlaient-ils tous le français ?

Les milieux pauvres et populaires parlaient breton à la Trinité-sur-Mer, jusque dans les années 30 (M. Le Pen est né en 1928). Originaire de Crac'h, commune voisine de la Trinité, mes quatre grand-parents, nés dans les années 1910, parlaient les deux langues, le breton appris à la maison (et au catéchisme) et le français appris à l'école. La génération précédente parlait certainement mieux breton que français, voire uniquement breton.

Une enquête de 1863 de Victor Duruy, ministre de l'instruction publique de Napoléon III montre que 25% des Français de l'époque ne parlaient pas le français (7,5 millions sur 30 millions); dans le Morbihan, 50% des communes "ne parlent pas le français" à cette époque (source : "Le français, histoire d'un dialecte devenu langue", R. Anthony Lodge, Fayard, 1997). 100 % dans le Finistère ! Les chiffres de M. Duruy sont sans doute sous-évalués, puisqu'il considère le normand et le picard, deux langues d'oil, comme des formes du français... Des millions de Bretons au XIXe et XXe siècles, ont donc été citoyens français sans jamais parler la langue française. Sous la Révolution, les textes de lois étaient traduits en langues régionales.

L'égalité n'est pas l'uniformité
Les origines multiculturelles de la France sont une réalité ancienne, hélas occultée et niée par les autorités républicaines qui n'ont toujours pas accordé aux autres langues de France un statut officiel. Réalité occultée dans les livres d'histoire scolaire et dans les écoles, encore aujourd'hui, où le bilinguisme français-langues régionales reste un combat. Réalité encore occultée dans les médias, publiques ou privés. Dommage, car admettre les origines pluriculturelles de la France aiderait les Français à voir les différences non comme des dangers, des menaces, mais comme des enrichissements.

Jouer sur les origines familiales d'un candidat est très dangereux. La République se fonde sur la citoyenneté, sur le droit du sol, pas sur le droit du sang. Sur des valeurs d'égalité (mais l'égalité n'est pas l'uniformité); pas sur l'ethnie, ni sur la langue ou le monolinguisme. Sur l'adhésion à des valeurs de fraternité, d'égalité, de liberté, qui s'expriment en plusieurs langues. De ce point de vue, les injonctions de Nicolas Sarkozy, demandant quasiment aux sans-papiers d'abandonner leurs langues maternelles au profit de la seule langue française, sont révoltantes et bien dans la lignée de cette conception monolithique (et nationaliste) de l'identité nationale. Comme si un être humain ne pouvait concilier plusieurs identités, plusieurs racines, plusieurs origines, plusieurs langues... Comme si une société ne pouvait concilier et faire cohabiter des origines différentes, des langues et des cultures différentes. Une société démocratique et républicaine le peut. A condition de ne pas cultiver le monolithisme historique et le monolinguisme.

Chal ha dichal 
J'ai appris deux mots de breton avec Jean-Marie Le Pen, un jour de décembre 1983 alors que, étudiant en journalisme à l'IUT de Tours, je l'interviewais pour un reportage sur des élections législatives partielles auxquelles il participait à Auray : "chal ha dichal"; "le flux et le reflux". J'ai bien l'impression que le temps du dichal est venu pour M. Le Pen.

J'espère cependant que les autres candidats n'adopteront pas sa vision ethnique de la République. 

Christian Le Meut 

Bretagne : quatre candidats pour la réunification

Communiqué de l'association Bretagne réunie (ex - CUAB), qui milite pour la reconnaissance d'une région formée des cinq départements bretons :

"Bretagne réunie a demandé aux candidats à la présidence de la République de s'engager à cet égard. Quatre des candidats ont apporté une réponse favorable à la mise en œuvre du processus législatif susceptible de déboucher sur cette réunification de la Loire-Atlantique et des quatre autres départements bretons :il s'agit de : M. François BAYROU, Mme Dominique VOYNET, M. Olivier BESANCENOT, M. José BOVÉ. Une réponse annoncée au nom de Mme Ségolène ROYAL n'a pas, à ce jour, été reçue par Bretagne réunie.L'association invite les électeurs à prendre en compte ces informations dans leurs motivations de vote. Le Président, Jean-Yves BOURRIAU".

BRETAGNE REUNIE, BP 49032  44090 Nantes cedex1  Tel 06 32 01 86 07

http://www.cuab.org/ 

contact@cuab.org

14/04/2007

Langues régionales : cinq candidats répondent à Ar Falz

L'association Ar Falz/Skol Vreizh fait le bilan des réponses qu'elle a reçues de la part des candidats à l'élection présidentielle :

"L’association culturelle bretonne Ar Falz / Skol Vreizh s’est adressée à tous les candidats aux élections présidentielles respectueux de la démocratie, pour leur demander leur avis sur la promotion, le développement et la reconnaissance officielle des droits culturels de la population bretonne.

Le questionnaire portait sur 5 points : reconnaissance juridique du breton et des autres langues de France enseignement du breton sa présence à la radio et la télévision publiques enseignement de la culture en français extension des compétences de la Région.Six candidats ont pris la peine de répondre : D. Voynet (Verts), M.G. Buffet (PC), F. Bayrou (UDF), S. Royal (PS), O. Besancenot (LCR), N. Sarkozy (UMP), mais ce dernier s’est contenté d’adresser un accusé de réception et son projet .Les 5 premiers candidats sont d’accord pour affirmer la nécessité de défendre la diversité culturelle de notre pays et de définir une véritable politique linguistique pour les langues et cultures de France.

Reconnaissance juridique du breton : trois d’entre eux (D. Voynet, F. Bayrou, O. Besancenot) sont favorables à une modification de l’article 2 de la Constitution, et proposent d’ajouter : "Le français est la langue de la République, dans le respect des langues régionales" ; les deux premiers, plus S. Royal, s’engagent à ratifier la Charte européenne des langues minoritaires.

Enseignement du breton : Tous les cinq s’engagent à améliorer l’information des familles, le recrutement des enseignants, à répondre aux besoins exprimés en matière d’enseignement bilingue.

Présence dans les médias : quatre candidats (D. Voynet, O. Besancenot, S. Royal, F. Bayrou) s’engagent à développer la place du breton dans les médias, les deux premiers se prononcent pour la création d’une radio et d’une télé, d’abord bilingue, puis en breton, sur l’ensemble de la Bretagne.

Enseignement de la culture bretonne en français : trois candidats (F. Bayrou, D. Voynet,  . Besancenot) s’engagent sur la prise en compte des cultures régionales à tous les niveaux d’enseignement.

Compétences de la Région : quatre candidats (F. Bayrou, D. Voynet, O. Besancenot, S. Royal) se prononcent pour une plus grande décentralisation les deux premiers proposent de rapprocher le fonctionnement des conseils généraux et régionaux.


Quelques extraits significatifs de leurs observations et commentaires :

F. Bayrou : "L’existence d’une langue nationale n’est pas contradictoire avec la défense de la diversité culturelle constituée par chacune de nos langues régionales [...]. Ce ne sont pas des survivances. Elles sont au cœur de notre identité [...]. Nous proposons d’inscrire dans la loi la défense de ces langues [...]. F. Bayrou propose deux axes de défense de la langue bretonne : l’enseignement, en particulier par immersion, et les médias. [...]F. Bayrou est très soucieux de défendre le droit au pluralisme culturel".   (M. de Sarnez).

O. Besancenot : "Je pense que l’enseignement de la langue et la culture bretonnes doit être intégré dans l’Education nationale, c’est-à-dire l’école publique et laïque. Depuis longtemps la LCR s’est prononcée pour l’intégration des écoles Diwan dans l’école publique. [...] Je suis très attaché à ce que les peuples concernés soient maîtres de leur destin, C’est-à-dire qu’ils puissent être consultés".

M.G. Buffet : "Il y a urgence à définir et se donner les moyens d’une véritable politique linguistique dans le cadre de notre pays. [...] Les langues et cultures « régionales » de France sont, à côté du français  -langue nationale dont il convient d’impulser la valorisation face aux menaces d’hégémonisme grandissant de l’anglais- une composante forte de la richesse culturelle de ce pays".

S. Royal : Je suis très attachée à la diversité et à la richesse des cultures régionales dans notre pays mais aussi dans l’Europe entière. J’ai annoncé une ambition forte pour la francophonie dans le monde, mais cette ambition je me dois de l’exprimer aussi pour la préservation des langues régionales. [...] La situation des langues minoritaires et régionales se révèle préoccupante, faute d’une reconnaissance publique.[...] Un statut pourra être donné aux langues territoriales en France, expression de notre exceptionnel patrimoine, et ce, qu’elles soient de métropole ou d’outre-mer".

D. Voynet : "L’officialisation des langues régionales en France ainsi que leur protection juridique relèvent d’un impératif éthique, culturel et écologique [...]. La liberté de préserver sa culture, l’égalité des langues et la fraternité entre les individus et les communautés sont des préceptes qui permettraient à la France d’assumer son statut de « patrie des Droits de l’Homme » et d’assurer l’unité dans le respect des diversités. Concernant la question spécifiquement bretonne, je tiens à préciser que je soutiendrai
l’organisation d’un référendum d’initiative populaire au sujet de la réunification de la Bretagne, pour deux raisons principales d’ordre démocratique et historique".

N. Sarkozy (extrait de son projet, paragraphe 15 « Fiers d’être français ») : "Nous incarnons l’idéal national, parce que justement notre pays est constitué d’une multitude de peuples, de régions, de traditions et de cultures locales, depuis la métropole jusqu’à l’Outre-Mer".

Commentaire d'Ar Falz : "Les 5 premières réponses sont encourageantes, voire prometteuses, pour l’avenir de nos langues et cultures, en cas de succès de l’un ou l’autre de ces candidats dommage que tous n’aient pas montré la même conviction, ni la même ardeur à nous répondre !

Paolig Combot, président d’Ar Falz / Skol Vreizh."

Contacts : Ar Falz / Skol Vreizh, Tél. : 02 98 62 17 20. Paolig Combot, Tél. : 02 98 20 27 24.

12/04/2007

Droits de l'Homme pe gwirioù mab den ?

La Ligue des droits de l'Homme a adressé à huit candidats à la présidentielle 55 questions sur "les droits de l'Homme, la démocratie et la citoyenneté", et leur a attribué des notes en fonctions de leurs réponses. Nicolas Sarkozy n'a pas répondu mais se voit attribuer 0,57 sur 20 quand même. En tête avec 19 sur 20, Voynet et Besancenot... Mais, sur les 55 questions, aucune sur la non-ratification par la France de la charte européenne des langues minoritaires, charte appliquée par l'ensemble des pays de l'Union européenne sauf la France. En s'obstinant ainsi à refuser la reconnaissance de ses langues régionales, la République française apparaît comme une exception culturelle, politique et ringarde en Europe.

Mais le sort des langues régionales et de leurs locuteurs en France n'a pas l'air d'inquiéter la Ligue des droits de l'Homme. pas suffisamment important pour poser ne serait-ce qu'une question sur ce sujet ! Pourtant les droits de l'Homme se déclinent en milliers de langues de par le monde, pas uniquement en français. En breton on dit "gwirioù mab den".

Quelle note attribuer à la Ligue des droits de l'Homme pour un tel oubli ? 20 sur 20 en jacobinisme ?

http://www.ldh-france.org/ 

10/04/2007

Le Pen : un "terroir" récalcitrant

Jean-Marie Le Pen s'annonce comme candidat du "terroir" face à Sarkozy qui serait celui de "l'immigration" (une immigration dorée, quand même). Rappelons à M. Le Pen que son "terroir" d'origine, la Bretagne, lui a accordé 11,81%  au premier tour des élections présidentielles de 2002 (troisième position) pour les quatre départements de la Bretagne administrative, et moins encore en Loire-Atlantique : 11,55%... Moyenne française : 16,95%.
Terroir, mon beau terroir,
qui est donc le plus beau ?
Le terroir a choisi,
et ce n'est pas Jean-Marie...

08/04/2007

Sarkozy : une BD à lire

medium_Sarko134.jpg Cette bande dessinée est une vraie biographie de Nicolas Sarkozy, notre peut-être futur Président de la République. Un travail journalistique qui rappelle certains épisodes peu connus comme la conquête, à 28 ans, de la mairie de Neuilly à la barbe de Charles Pasqua. Impressionnant dans le maniement du double langage ! Cette BD montre à quelle point Sarkozy ressemble à Jacques Chirac : il peut, comme lui, tenir des discours de gauche ou de droite en fonction de son intérêt, l'objectif étant la conquête du pouvoir. Avec quelques ratés cependant, comme l'erreur de 1995 durant laquelle il soutint Balladur, et la calamiteuse campagne pour les européennes de 1999. Face à la presse et à l'édition, Sarkozy alterne entre tentative de séduction et pression, ce qui n'est pas pour rassurer s'il accédait à l'Elysée.

A lire et faire lire. 

Editions Vent d'Ouest/Fayard.

 

07/04/2007

Sarkozy inquiète de plus en plus

Extrait du site internet de Marianne (samedi 7 avril 2007) : "(...) dans Un Mouton dans la baignoire (Fayard), dont Marianne publie les bonnes feuilles ce samedi, Azouz Begag lève en effet le voile sur le caractère violent du candidat de l'UMP.

Petit extrait. Azouz Begag, las de passer pour le « beur de service » aux ordres de Nicolas Sarkozy, lâche à quelques journalistes cette petite phrase : « Je ne m'appelle pas Azouz Sarkozy ! » Comme il le rappelle dans son livre, Libération en fait le titre d'un article. Lui assume, amusé. Mais on n'éclabousse pas impunément le ministre-candidat. Pour ce trait d'esprit malheureux, Azouz Begag essuie d'abord les remontrances de Villepin puis, sur un tout autre ton, celles de Nicolas Sarkozy en personne. Attention, ça fait mal : « Je décroche. C'est l'offensé. Il me passe un savon tellement incroyable que je ne peux m'empêcher de le consigner sur le champ : « Tu es un connard ! Un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule ! Tu te fous de mon nom.. Azouz Sarkozy ! (…) » Je suis cloué à mon téléphone. A chaque fois que j'essaie de placer un mot, il me coupe : « J'en ai rien à foutre, de tes explications ! Tu vas faire une dépêche à l'AFP pour t'excuser, sinon je te casse la gueule… » » Et ce n'est que début. La suite dans le numéro de Marianne en kiosque."

 

http://www.marianne2007.info/Les-revelations-d-Azouz-Bega... 

05/04/2007

Le blog de Jean Quatremer : Sarko, l'Europe et ses langues, etc.

Concernant le fragment de discours de Nicolas Sarkozy, je vous conseille le commentaire (daté du 31/03) de Jean Quatremer, journaliste de Libération à Bruxelles, qui tient un blog ("Coulisses de Bruxelles") très intéressant, de mon point de vue. Il vient de publier une nouvelle note sur la tendance de certains responsables européens à n'utiliser qu'une seule langue dans les institutions européennes, et ce n'est pas le français ! Bizkoazh kement all (jamais autant !) ! Là aussi, le multilinguisme est une conquête ! 

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/

Présidentielles : le pacte des langues

Ma faota deoc'h gouiet ar pezh a zo bet laret a zivout ar yezhoù rannvroel get an daouzek den a zo war ar rank evit bout prezidant ar Republik, kit da welet al lec'hienn nevez savet : Le pacte des langues. Brav, hag interesus.

Si vous voulez connaître la position des douze candidats à la Présidence de la République concernant les langues régionales, allez sur le nouveau site, très bien fait, intitulé : Le pacte des langues.

http://pactedeslangues.com

Fragment d'un discours de Sarkozy

 Fragment du discours de Nicolas Sarkozy, à Nice, vendredi 30 mars (source  le site de l'UMP) :

 "Je veux leur dire (aux Français) qu’ils auront à choisir entre ceux qui assument toute l’Histoire de France et les adeptes de la repentance qui veulent ressusciter les haines du passé en exigeant des fils qu’ils expient les fautes supposées de leur père et de leurs aïeux.(1).

Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’Homme et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté.(2).

Je suis convaincu que pour un Français, haïr la France, c’est se haïr lui-même.

Je suis convaincu que la haine de soi est le commencement de la haine des autres. (3).

Je veux dire que durant la guerre tous les Français n’ont pas été pétainistes, qu’ils y a eu aussi les héros de la France libre et de la résistance, que si certains Français ont dénoncé des Juifs à la Gestapo, d’autres, beaucoup plus nombreux, les ont aidés au péril de leur vie, que des mères ont caché des enfants juifs parmi leurs propres enfants. (4).

Je veux dire que dans les colonies, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs, qu’il y avait parmi eux beaucoup de gens courageux qui avaient travaillé dur toute leur vie, qui n’avaient jamais exploité personne, qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, qui avaient enseigné, qui avaient soigné, qui avaient planté des vignes et des vergers sur un sol aride, qui ne devaient rien qu’à eux-mêmes, qui avaient beaucoup donné à une terre où ils étaient nés et qui un jour n’ont eu le choix qu’entre la valise et le cercueil. Ils ont tout perdu.
Je veux qu’on les respecte. (5).

Je veux dire que si la France a une dette qu’elle n’a pas réglée, c’est celle qu’elle a vis-à-vis de ceux qui en Indochine et en Algérie se sont battus pour elle et ont du quitter leur pays pour ne pas être assassinés.

Je veux que la France reconnaisse sa dette, vis-à-vis des harkis et des supplétifs d’Indochine et qu’elle l’honore. C’est une question d’honneur et l’honneur pour moi c’est encore une vertu cardinale pour un homme comme pour une nation. (6).

Je veux dire aux Français que le 22 avril et le 6 mai, ils auront à choisir entre ceux qui sont attachés à l’identité nationale et qui veulent la défendre et ceux qui pensent que la France a si peu d’existence qu’elle n’a même pas d’identité. (7)"

 

(1) L'étude du passé ne relève pas de la repentance, mais permet d'être lucide quant au présent. La France a colonisé une partie de la planète pour son propre intérêt, pas pour celui des peuples colonisés. 

(2) Le rappel du génocide nazi est sans doute une façon d'entretenir les relations franco-allemandes ! Bel exemple pour un homme politique soit-disant responsable !  Les droits de l'Homme sont une création universelle, pas uniquement française. Quant aux guerres menées par les armées françaises, combien ont servi la "liberté" ?

(3) M. Sarkozy semble obséder par la haine de soi. Inquiétant.

(4) Ah bon, il y aurait eu plus de Français justes sauveur de Juifs que de Français dénonceurs de Juifs ? De quelles sources historiques M. Sarkozy tire-t-il cette affirmation ?

(5) Que l'on respecte les personnes, soit; que les colons aient été, eux aussi, victimes de l'histoire, soit, mais ce paragraphe ressemble bien à une réhabilitation de la colonisation qui est, tout d'abord, une conquête militaire suivie d'une exploitation économique et d'une oppression des populations. La colonisation a été tellement bénéfique que les peuples colonisés se sont rebellés et se rebellent encore comme en Nouvelle-Calédonie (1988...). Les colons enseignaient mais dans leur langue et dans leur culture au détriment des langues et cultures d'origine des populations. Le linguiste Mohamed Benrabah (Libération 26/06/2006) écrit à propos de l'Algérie : "Selon des observateurs français de l'époque les lettrés en arabe représentaient 40 % à 50 % de la population en 1830. En 1962 le taux d'analphabétisme atteint 90 % et, sur 10 millions d'Algériens, ils n'étaient plus que 300.000 à lire et à écrire l'arabe coranique"...

(6) Réhabiliter les Harkis et les "supplétifs d'Indochine", soit, ils apparaissent aussi comme des victimes de l'histoire, abandonnés par la République française qui leur devait protection; mais cela ne doit pas interdire aux autorités et aux citoyens français un regard critique par rapport au passé commun avec les anciennes colonies. 

(7) M. Sarkozy s'arroge donc la "défense" de la France et son attachement à "l'identité" française. Mais de quelle identité parle-t-il, en l'occurence ? L'identité collective française s'exprime d'abord par des valeurs qui doivent se concrétiser en actes et en choix politiques. 

L'intégralité est sur le site de l'UMP : http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discou...

Christian Le Meut 

Merci au Big bang blog et au site du journaliste de Libération, Jean Quatremer, d'avoir mentionné ce discours. 

28/03/2007

Identité nationale, Jaurès et les langues régionales

 Il est beaucoup question d'identité nationale ces temps-ci dans la campagne électorale, ainsi que de Jaurès, dont la mémoire est sollicitée tant à gauche qu'à droite. Je m'autorise donc à rééditer les deux notes suivantes rappelant que Jean Jaurès parlait l'occitan (même s'il n'utilisait pas ce terme pour désigner la langue dans laquelle il faisait une partie de ses discours), et qu'il était favorable à l'enseignement des langues dites régionales :

"Suite à la note parue sur Jaurès (ci-dessous), qui a suscité plusieurs commentaires, un internaute a remis au jour une citation de Jaurès trouvée dans le livre "Comment peut-on être Breton ?", de Morvan Lebesque (pp. 99 et 100). Le célèbre homme politique socialiste s'y déclare pour un enseignement des langues régionales à l'école, qu'il argumente ainsi dans la Revue de l'enseignement primaire du 11 octobre 1911*.

"Quand j'interrogeais les enfants basques jouant sur la plage de Saint-Jean de Luz, ils avaient le plus grand plaisir à me nommer dans leur langue le ciel, la mer, le sable, les parties du corps humain, les objets familiers. Mais ils n'avaient pas la moindre idée de sa structure et, quoique plusieurs d'entre eux fussent de bons élèves de nos écoles laïques, ils n'avaient jamais songé à appliquer au langage antique et original qu'ils parlaient dès l'enfance les procédés d'analyse qu'ils sont habitués à appliquer à la langue française. C'est évidemment que leurs maîtres ne les y avaient point invités. Pourquoi celà, et d'où vient ce délaissement ? Puisque ces enfants parlent deux langues, pourquoi ne pas leur apprendre à les comparer et à se rendre compte de l'une par l'autre ? Il n'y a pas de meilleur exercice pour l'esprit que ces comparaisons (...). L'esprit devient plus sensible à la beauté d'une langue par comparaison avec une autre langue, il saisit mieux le caractère propre de chacune, l'originalité de sa syntaxe, la logique intérieure qui en commande toutes les parties et qui lui assure une sorte d'unité organique. Ce qui est vrai du basque est vrai du breton. Ce serait une éducation de force et de souplesse pour les jeunes esprits..."

* Cité dans Le Peuple breton en 1964 lui-même repris par M. Lebesque.

Et Jaurès parlait occitan ? Non "patois"...

Entendu samedi matin (25 février 2006) sur France Culture, pendant l'émission d'Alain Finkielkraut, Réplique : deux spécialistes de Jaurès, Jean-Pierre Rioux, rédacteur en chef de la revue d’histoire Vingtième Siècle, et Gilles Candar, spécialiste de l'histoire des gauches françaises, y étaient invités. L'un d'entre eux explique que Jaurès, dans sa région d'origine (Carmaux, le Tarn, Toulouse...) commençait presque systématiquement ses discours en occitan et les finissait en français. Et Alain Finkielkraut de s'étonner : "Il commençait ses discours en occitan ?"

Comment ça, un homme politique, écrivain et philosophe français de l'étoffe de Jaurès connaissait l'occitan et le parlait publiquement, en plus... Sans doute pour être compris, au début du vingtième siècle, par une partie de son auditoire qui devait parler uniquement l'occitan mais ça, M. Finkielkraut en a t-il conscience ? Mais rassurons-nous, un des historiens a cru bon de préciser que Jaurès devait ne pas dire "occitan" mais "patois". Ouf, Jaurès parlait "patois". Enfin, ça a eu l'air de rassurer M. Finkielkraut. La France aurait-elle des racines multiculturelles et multilinguistiques cachées ? Que non, il y a le français d'un côté, et les "patois" de l'autre. Ce terme de "patois", hautement scientifique, revient d'ailleurs souvent sur les ondes de France culture... Où l'on a du mal, semble-t-il, a voir qu'il y a d'autres cutures et d'autres langues que la seule française à l'intérieur de l'Hexagone. Non, ce ne sont pas des cultures ni des langues : des "parlers", "dialectes", "patois"...

Mais bon, l'émission a eu, entre autres mérites, celui de nous rappeler que Jaurès parlait occitan et semblait l'assumer très bien. Il était également partisan de l'enseignement des langues régionales à l'école, si j'ai bien entendu l'un des historiens. De plus en plus intéressant, ce Jaurès.

Christian Le Meut