07/12/2009
Langues régionales : Hélène Carrère d'Encausse enterre la hache de guerre ?
Ar bloaz paseet an Akademiezh Bro C'hall hag he sekretourez peurbadus Hélène Carrère d'Encausse o doa savet a-enep raktres ar parliamant da anavezout ar yezhoù rannvroel b'ar bonreizh, lezenn stur Bro C'Hall, ar pezh a oa bet graet memestra... Ha neuze, chanchet eo taol spered an Akademiezh bremañ ? Setu ar pezh doa laret ar sekretourez peurbadus d'an 3 a viz-mañ.
L'année dernière l'Académie française et sa secrétaire perpétuelle Hélène Carrère d'Encausse s'étaient élevés contre le projet parlementaire de reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, qui furent reconnues quand même... L'Académie a-t-elle changé de point de vue depuis ? On dirait, à lire ce qu'a déclaré la secrétaire perpétuelle jeudi dernier, 3 décembre :
"Que les langues régionales revendiquent une place à ses côtés (aux côtés de la langue française) n’est en rien tragique. Elles sont une part de notre histoire et cohabitent pacifiquement avec le français. Nous ne sommes plus au temps de l’abbé Grégoire qui voulait les supprimer. Aujourd’hui, le breton, le basque, le corse sont enseignés dans les écoles et les universités. Et à l’entrée de chaque ville ou village, les plaques indicatrices portent le nom du lieu dans la langue régionale."
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30/11/2009
Langue bretonne : les contes de Loeiza ar Meliner réédités en bilingue
Setu ur pennad m'eus skrivet e galleg (hepken) a ziar ul levr nevez adembannet, Ar bont ar velin, kontadennoù skrivet get Loeiza ar Meliner. Voici un article à propos de la réédition des contes de Loeiza ar Meliner*.
1938 : cette année là les contes que Loeiza ar Meliner racontait en breton à ses six enfants sont édités pour la première fois. 71 ans plus tard une deuxième édition, bilingue, est publiée, fruit du travail d'enfants et de petits enfants de la conteuse hennebontaise...
"Ar bont ar velin", ("Sur le pont du moulin"), est le titre du recueil de contes écrits par Loeiza ar Meliner (1887-1977). Cette agricultrice imaginait des contes et les racontait à ses enfants, puis les écrivait pour les publier dans la revue de son mari, le poète-paysan Loeiz Herrieù (Louis Henrio, 1879-1953), "Dihunamb".
Née à Languidic, Loeiza ar Meliner tenait la ferme familiale à la Villeneuve, à Hennebont, avec son mari. Ce dernier se retirait souvent pour écrire ses articles, ses poèmes et chansons, ou ses carnets de la guerre 1914-18 publiés sous le titre "Kammdro an ankoù", un des chefs d'oeuvre de la langue bretonne du XXe, jamais publié en français.
300 exemplaires tirés
Ces contes n'avaient jamais été réédités depuis 1938, ni traduits. C'est chose faite. Un des fils de Loeiza, Meriadeg Henrio, les a traduits. Il est l'auteur d'un dictionnaire breton vannetais-français et d'une méthode d'apprentissage du breton parus chez Emgleo Breiz. D'autres membres de la famillle, dont Anna Le Guennec, petite fille de Loeiza, ont également travaillé à la réédition. Il a fallu transcrire en breton tel qu'il s'écrit aujourd'hui, demander les droits de reproductions des très belles estampes de Raoul Perrin, trouver un éditeur, etc. Le tout donne un bel ouvrage, comprenant 20 contes (220 pages), édité chez Anagrammes et tiré à 300 exemplaires.
Une oeuvre à partager
Une introduction rappelant la vie de Loeiza ar Meliner aurait été utile, cependant, afin de mieux comprendre le contexte dans lequel cette femme a vécu et a imaginé ses contes. Anna Le Guennec, qui vit à Rennes, se souvient de Loeiza ar Meliner comme d'une grand-mère qui "avait toujours plein d'histoires", d'une chanteuse, d'une femme "douce et gentille". Après la mort de son mari, en 1953, Loeiza ar Meliner vécut à Locoal-Mendon où son fils Meriadeg, était prêtre. Décédée en 1977, elle est enterrée dans le cimetière de Saint-Caradec, à Hennebont, auprès de son mari.
Par ce beau travail, enfants et petits enfants ressuscitent les contes de Loeiza ar Meliner et donnent à partager une oeuvre importante de la littérature bretonne. Attention cependant, pour les personnes intéressées : sur les 300 exemplaires imprimés, 209 ont déjà été vendus en souscription. Les autres sont diffusés dans certaines librairies spécialisées en culture bretonne.
Christian Le Meut
Ar bont ar velin, Sur le pont du moulin, Loeiza ar Meliner, Ed. Anagrammes. 28€. Diffusion : Coop Breizh à Lorient; librairie de la basilique à Sainte- d'Auray; L'encre de Bretagne à Rennes...
*Cet article est également paru dans les éditions de Lorient et d'Auray du journal Le Télégramme.
17:16 Publié dans Brezhoneg/Langue bretonne, Galleg/français, Levrioù/Livres/BT/BD | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
04/11/2009
L'identité française : une devise, "liberté, égalité, fraternité" à mettre en pratique
Selon un sondage CSA-Le Parisien publié dimanche*, la langue française est plébiscitée comme “élément constitutif” de "l'identité de la France" par (80%) des sondés devant la République (64%), le drapeau tricolore (63%), la laïcité (61%) les services publics (60%). 80 % ! C’est énorme. La croyance selon laquelle parler une langue unique (ou commune), est indispensable pour créer une “identité”, une “nation”, est largement répandue en France, malgré quelques faits qui contredisent cette croyance.
Premier fait : la France est multilingue, entre les langues parlées dans certaines régions depuis des siècles, voire avant l’apparition du français (Pays Basque, Bretagne, Alsace, Occitanie, Flandres, Corse...), et les langues des populations immigrées.
Deuxième fait : les frontières linguistiques ne recoupent pas les frontières nationales puisque la Suisse romande et la Wallonie belge ne sont pas en France. Suisse, Belgique, tiens donc, deux pays multilingues. Le premier n’a pas l’air d’en souffrir. On annonce depuis longtemps l’éclatement du second, mais il tient.
Troisième fait : pendant des siècles, et aujourd’hui encore, des millions de citoyennes et de citoyens français n’ont pas parlé le français. Les Bretons le savent bien. J’ai moi-même, qui suis né en 1964, connu quelques personnes âgées qui parlaient très bien leur langue maternelle, la langue bretonne, mais maîtrisaient très mal, voire pas du tout, le français. Des générations de Bretons, d’ailleurs, ont pris le français à l’école et n’ont pas pu jouir d’un droit que la convention des droits de l’enfant reconnaît désormais : celui d’être alphabétisé dans sa langue maternelle, ce qui n’empêche pas l’apprentissage précoce d’une seconde langue. Aujourd’hui, certaines personnes âgées d’une soixantaine d’années se souviennent qu’elles ne parlaient pas un mot de français en arrivant à l’école. Elles y ont appris la langue française, souvent punies quand elles parlaient breton. Il doit encore y avoir aujourd’hui, probablement, des milliers de Français qui ne parlent pas, ou très mal, le français, parce que leur langue maternelle et quotidienne est le créole, ou une langue amérindienne, ou une langue kanak...
Quatrième fait : une langue commune (souhaitable évidemment, si elle n’entraîne pas la mort des autres langues du territoire), n’est en rien suffisante pour créer une unité nationale. Les élites étasuniennes parlaient anglais et ça n’a pas empêché la guerre de Sécession au XIXe siècle. Les guerres civiles d’Espagne, d’Irlande, montrent bien qu’une langue commune n’est pas suffisante, et en France non plus : la guerre d’Algérie, la guerre entre résistants et collaborateurs entre 1940 et 1945, le montrent. En Yougoslavie, toutes les élites intellectuelles parlaient le “serbo-croate”, langue commune aujourd’hui éclatée en plusieurs langues officielles soi-disant différentes (croate, serbe...). Mais le pays a éclaté quand même, à partir du conflit au Kosovo (1988-89), parce que Milosevic, adoptant un discours nationaliste, a supprimé les libertés des albanophones de cette région, notamment la liberté d’être scolarisés dans leur langue.
Contrat social
La langue commune est donc loin d’être suffisante pour créer une nation, ni même un contrat social dans lequel se retrouverait une population. Alors quoi donc ? La prospérité économique est un facteur essentiel, à condition que les richesses soient équitablement partagées. Or, aujourd’hui, l’Etat redistribue des impôts aux très riches. Est-ce cela, la République ? Il y a donc un modèle social à construire, qui garantisse l’accès à la santé, au logement, au travail, à un environnement sain, à l’éducation. Mais une éducation citoyenne, qui cherche à former des êtres humains épanouis, pas des futurs travailleurs à la chaîne. Un modèle politique qui agisse concrètement contre la discrimination. Un modèle politique, enfin, qui garantisse les droits des citoyens, et des minorités. L’Etat français continue d’être hyper centralisé et normatif. Les habitants des régions existent-ils ? Quand 20.000 personnes manifestent dans les rues de Carcassonne, en octobre 2009, ou dans celles de Rennes, en mars 2003, pour demander un vrai statut des langues régionales, pourquoi les médias dits “nationaux” en parlent-ils si peu ? pourquoi cela suscite-t-il si peu d'intérêt à Paris ?
Alors, la langue française, “élément constitutif” de de la France, de l’identité nationale ? Beaucoup de Français le croient, manifestement. Mais on peut être Français et ne pas parler le français. Et le fait de parler une langue commune ne garantit contre rien. Contre aucune injustice, contre aucune régression sociale, contre aucune avancée du libéralisme sauvage, contre aucune atteinte à la nature. Les pires pratiques sociales, les pires discours racistes, violents, diviseurs, peuvent se tenir en français, comme dans n'importe quelle autre langue.
Droit à la différence
Et chercher à imposer le français comme langue unique, en niant l’existence ou la valeur des autres langues de France, constituerait une injustice et une violation des droits de l’Homme. Alors il faut chercher plus loin, plus profond, autre chose. Dans un nouveau contrat social qui peut continuer à s’articuler autour des idées de démocratie et de république, de liberté, d’égalité, et de fraternité. Du droit à la différence. Idées qu’il faut mettre en pratique bien plus profondément qu’elles ne le sont aujourd’hui.
Christian Le Meut
* Sondage effectué par téléphone les 28 et 29 octobre auprès d'un échantillon représentatif de 1.006 personnes majeures, selon la méthode des quotas.
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20/06/2009
Langues régionales : Michel Mohrt, un académicien contre l'Académie
L'hebdomadaire en langue bretonne Ya! publie en dernière page des entretiens souvent intéressants. C'est le cas cette semaine (n°210 du 12 juin), avec Michel Mohrt. Cet écrivain âgé de 95 ans, vivant à Paris, est d'origine bretonne. Ses deux grand-mères parlaient breton, explique-t-il, et si lui n'a pas appris la langue, il a "toujours du plaisir à l'entendre". Originaire de Morlaix, et âgé de 95 ans, il vit désormais entre Paris et Locquirec. Membre de l'Académie française, il dit à Ya! son désaccord avec cette assemblée en ce qui concerne les langues régionales. En 2008, lorsque l'Assemblée nationale vota un amendement modifiant la Constitution française pour y inclure une reconnaissance des langues régionales, l'Académie s'y opposa. La modification fut votée néanmoins par le Parlement.
"J'ai dit que je n'étais pas du tout d'accord avec ce que l'Académie avait déclaré à propos des langues minoritaires, dit-il. L'Académie ne voulait donner aucune place aux langues régionales. Ce qui m'a choqué et j'ai dit mon opinion : la langue bretonne doit rester vivante et il faut la secourir. Je ne sais pas si j'ai été beaucoup écouté, mais c'est important pour moi. On ne peut pas défendre une langue - le français, comme le fait l'académie - et ne pas accorder une place aux autres langues. Pour moi, c'est un peu de la richesse mondiale qui est là, en danger".
Biographie de Michel Mohrt :
http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academici...
Ya! Keit vimp bev, 29520 Laz. Tél. 02.98.26.87.12.
00:10 Publié dans Brezhoneg/Langue bretonne, Galleg/français, Politikerezh/Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : académie française, breton, français
19/06/2009
Yezhoù rannvroel : Michel Mohrt, un akademissian a-enep an Akademiezh !
Get ar gazetenn Ya! e vez embannet bep sizhun un atersadenn hag a zo, d'an aliesan, interesus ha kentelius. Setu ar pezh a sonjan ivez e keñver ar pennad embannet d'an 12 a viz mañ. Hubert Kernéis n'eus aterset ar skrivagner Michel Mohrt, 95 vloaz, ezel Akademiezh Bro C'Hall. Un den a Vreizh eo, neuze, genidig a Vontroulez hag e chom "etre Pariz ha Lokireg" eme Ya!. "Va div vamm gozh a gomze brezhoneg" a zispleg ar skrivagner. "Va unan, m'eus ket desket ar yezh, met atav m'eus bet plijadur o klevet anezhi".
Interesus eo ar pezh a lâr Michel Mohrt e keñver ar pezh a oa bet embannet ar bloaz paseet get an Akademiezh a zivout ar yezhoù rannvroel. Sekretourez "peurbadus" an Akademiezh, Hélène Carrère d'Encausse, 'doa lâret e oa an Akademiezh a enep ar raktres votet get ar c'hannaded evit anavezout ez ofisiel ar yezhoù rannvroel barzh Bonreizh Frans. Michel Mohrt a zispleg penaos n'eo ket eñv a-du : "Lavaret m'eus n'edon ket a-du tamm ebet get ar pezh he doa embannet an Académie diwar-benn ar yezhoù bihan. An Académie ne felle ket dezhi reiñ plas ebet d'ar yezhoù rannvro. Feuket on bet get an dra-se hag em eus lavaret ma sonj : ar brezhoneg a rank chom bev ha ret eo sikour anezhan ! Ne ouezan ket ma 'z on bet selaouet kalz, met a-bouez eo an dra-se evidon. Ne c'heller ket difenn ur yezh - ar galleg da skouer, ar pezh a ra an Académie - hag ankounac'haat reiñ o flas d'ar yezhoù all. Evidon eo un tammig deus pinvidigezh ar bed a zo en arvar aze."
Piv eo Michel Mohrt ? Kit da welet war Wikipédia (e galleg) pe :
http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academici...
Ya! Keit vimp bev, 29520 Laz. Tél. 02.98.26.87.12. 5,5 € ar c'houmanant bep miz.
19:55 Publié dans Breizh/Bretagne, Galleg/français, Politikerezh/Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : académie française, français, breton
20/02/2009
Bande dessinée : Aya de Yopougon

Le quatrième tome des aventures d'Aya de Yopougon est paru fin 2008. Cette série raconte la vie d'Aya, une jeune fille qui vit dans le quartier populaire de Yopougon, à Abidjan, capitale de la Côte d'Ivoire, à la fin des années 70. Aya est une jeune et jolie étudiante sérieuse et sage qui veut devenir médecin... Son père, Ignace, ne l'encourage que modérément dans cette voie. Cadre dans une entreprise qui vend la bière nationale, la Solibra, il n'est pas pauvre mais voila, il a deux familles à nourrir... La famille officielle dont fait partie Aya, et la famille cachée.
Cette BD est, ainsi, une chronique des us et coutumes, des moeurs, d'un quartier ivoirien. Dans ce quatrième tome, par exemple, Aya est confontée aux avances d'un de ses enseignants qui veut coucher avec elle, ce qu'elle refuse. Résultat : elle a de mauvaises notes, et elle comprend que beaucoup des autres étudiantes ont, elles, consenti. Félicité, une jeune fille de son âge, parente lointaine, qui sert de servante à la famille, est rappelée par son vrai père qui l'avait pourtant quasiment abandonnée. Elle doit repartir dans un village de la brousse et abandonner sa famille "adoptive". Les deux meilleures amies d'Aya sont Bintou et Adjoua. Adjoua attend un bébé : de qui ? De Moussa, le fils d'un riche bourgeois, ou d'un autre ?... Il y a aussi Innocent, coiffeur homosexuel, amoureux d'un garçon du quartier. Il décide de partir pour Paris, espérant que son amoureux le suivra, ce qu'il refuse de faire. Innocent part quand même et découvre Paris, la communauté africaine, le travail au noir, la précarité...
Toutes ses histoires sont racontées avec beaucoup d'humour, même dans les moments cruels. Et puis il y a le français, très proche (probablement), de celui parlé à Abidjan, plein d'expressions surprenantes, petit échantillon ci-dessous :
- Walaï : Mon Dieu.
- Les gos : les filles.
- Toubabousé : "s'européaniser", faire comme les blancs.
- Le farotage : la frime.
- En kataclando : en cachette.
- Le pointeur : le mec, le petit copain...
- Aya da Yopougon, Tomes 1, 2, 3, 4 est éditée par Gallimard, collection "Bayou", écrit pas Marguerite Abouet et dessiné par Clément Oubrerie. 16 € le tome, environ.
10:38 Publié dans Galleg/français, Levrioù/Livres/BT/BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, côte d'ivoire, français
29/11/2008
Langues régionales : courriel à Mme Carrère d'Encausse
Chaque année le secrétaire perpétuel de l'Académie française fait un discours sur l'état de la langue française. Mme Carrère d'Encausse a prononcé ce discours le 27 novembre et elle y évoque notamment la place des langues régionales en France et le débat sur leur introduction dans la Constitution, lors duquel la vénérable institution crût opportun d'intervenir. Le discours est assez long mais vous pouvez aller le lire sur le site de l'Académie (lien en fin de note); en voici un extrait ainsi que le texte d'un courriel que j'ai envoyé au secrétaire de la Secrétaire perpétuel. Je publierai une réponse éventuelle, evel rezon !
Extrait du discours de Mme Carrère d'Encausse :
"Les dialectes et patois que le progrès technique et celui des institutions ont progressivement écartés de la vie sociale appartiennent sans aucun doute à notre patrimoine national. Et aucune institution ne le pense plus que l’Académie française, attachée à toutes les formes d’expression, et qui souhaite ardemment la préservation de ces parlers, part infiniment précieuse de notre vie commune. L’identité française peut se penser et se dire en plusieurs langues, cela est incontestable, car la France est le pays de la diversité des hommes et de la culture. Mais cette diversité reconnue n’implique pas de juger ou d’administrer en plusieurs langues, car cela relève d’une autre logique, celle de l’État, celle de la sphère publique qui est celle de l’unité. Défense de la diversité des cultures, garantie de l’unité de l’État et de ses institutions, ces deux exigences qui ont jalonné l’histoire de France suggèrent la voie à suivre aujourd’hui dans une paix des esprits retrouvée. Ratifier la Charte européenne ouvrirait la voie à d’innombrables conflits et serait vain. Mais il est bon de consolider par la loi les acquis récents – la place faite aux langues régionales dans le système éducatif ; la garantie de multiples usages qui relèvent du respect de traditions bien ancrées dans les régions. La toponymie en offre un bel exemple ; dans la plupart des régions de France, les noms des lieux sont indiqués en français et en basque, en breton, en corse…
Les querelles de langues sont en réalité dépassées. Car le problème auquel nous sommes confrontés désormais n’est plus de savoir ce qui l’emportera en France, du français ou des langues régionales, mais comment le français, enrichi dans la profondeur des consciences du patrimoine des langues régionales, va pouvoir se frayer un chemin dans un monde totalement ouvert et multilingue."
Ha setu ma lizher din-me, kaset dre mail/Et voici mon courriel :
"Bonjour
Je viens de lire le discours de Mme Carrère d'Encausse sur l'état de la langue française. A lire ce qu'elle écrit, je suis un peu surpris. Est-elle bien informée sur la charte européenne des langues minoritaires et les articles que le gouvernement Jospin a signé à l'époque ? Aucun ne prévoit que les langues régionales servent à la justice ou à l'administration ! Il y est question de soutien aux médias, à l'enseignement, en langues régionales.
Sur les 80 (environ) articles proposés par la charte certains prévoient que des langues régionales peuvent servir à l'administration, à la justice notamment pour les populations qui parlent uniquement leur propre langue, et pas celle de l'Etat qui les administre, quoi de plus normal? Mais le gouvernement de la République française n'a pas signé ces articles là.
La ratification de la charte européenne des langues minoritaires et un faux épouvantail que les vrais opposants au maintien d'un plurilinguisme en France agitent, avec un certain succès d'ailleurs puisque même l'Académie s'y laisse prendre.
Je ne suis pas en désaccord avec tout ce que dit Mme Carrère d'Encausse mais présenter le recul des langues régionales comme le seul fruit d'évolutions techniques et institutionnelles me parait largement inexact. Il y a eu une véritable répression linguistique sur des générations de Bretons (par exemple), qui n'ont pas abandonné leur langue maternelle par simple "évolution" mais sous la contrainte. Aujourd'hui, la convention internationale des droits de l'enfant reconnaît à chaque enfant le droit d'être éduqué dans sa langue maternelle. La France, elle, a refusé cela à des générations de Français pour leur imposer une seule langue. La langue française aurait pu être introduite sans que l'on élimine les autres. Le choix aurait pu être fait d'une éducation bilingue (dont on loue aujourd'hui les bénéfices). Au lieu de cela, on a coupé des générations de leurs langues maternelles, de leurs langues régionales, on a gommé la richesse de ces langues, leur histoire, leur littérature. On les appelle "patois", "dialectes" "idiomes"... Heureusement, en 2008, le Parlement les rétablit dans leur véritable statut : des langues. Mais que de traumatismes, que d'erreurs, que de gâchis. Que de mépris !
Et que dirait l'Académie française si un Etat agissait ainsi à l'égard de populations francophones ?
J'espère de Mme le secrétaire perpétuel, une réponse à ce courriel.
Get ma gwellan sonjoù
Avec mes respecteuses salutations"
Christian Le Meut
http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_SPA/c...
23:15 Publié dans Brezhoneg/Langue bretonne, Galleg/français, Politikerezh/Politique, Yezhoù/langues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langues régionales
27/10/2008
Peuchère, Marius a perdu son accent marseillais !
On lit parfois dans la presse des citations qui surprennent un peu comme celle-ci, tiré du Monde (30 septembre 2008), concernant la mise en scène de la pièce de Pagnol, "Fanny", par la Comédie française, jouée sans l'accent marseillais : “Ce choix est revendiqué haut et fort par Muriel Mayette, l’administrateur général de la Comédie-Française, et par Irène Bonnaud, la metteuse en scène de la pièce, qui entend rendre justice à “l’universalité” de Pagnol, et “démontrer que Fanny n’est ni folklorique ni pittoresque, mais une des grandes oeuvres du répertoire théâtral français”.
Parce que jouée avec l'accent marseillais,"Fanny" serait "folklorique" et "pittoresque" ? Pourquoi ça ? Pourquoi l'accent marseillais serait-il moins "universel" que l'accent français standard que l'on entend dans les médias ou à la Comédie française ? Jouer Fanny sans cet accent, pourquoi pas, mais pourquoi prétendre que cela rendra la pièce plus "universelle" ? Le français se parle dans le monde entier avec des centaines, ou des milliers, d'accents différents à Toulouse, Lyon, Bordeaux, Marseille, Genève, Dakar, Bamako, Bruxelles, Port-au-Prince, Québec, et j'en passe. Ces accents là aussi sont "universels", tout autant que l'accent français standard qui sert dans la plupart des médias, mais ces derniers nous habituent peu, hélas, à cette variété d'accents.
J'ai le souvenir d'avoir vu les trois films de Pagnol, la trilogie, Marius, César, Fanny : le fait que les acteurs parlaient avec l'accent de Marseille (sauf M. Brun, un Lyonnais, lui), n'empêchait ni la compréhension, ni de goûter à la profondeur du texte, mais rajoutait, au contraire, une vraie saveur. Qui sait si, en perdant son accent, Marius ne risque pas, au contraire, de perdre un peu de son "universalité" ? Les personnes qui voudront se faire une idée pourront regarder cette pièce samedi prochain, 1er novembre, sur France 2.
Christian Le Meut
21:33 Publié dans C'hoariva/théâtre, Galleg/français | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, français, pagnol
Peuchère ! Marius 'n'eus kollet e taol mouezh !
Lennet e vez traoù drol, barzh ar c’hazetennoù, a wezhoù : ar pezh c’hoari Fanny, skrivet get Pagnol, a zo kinniget e Paris hiriv an deiz get ar “C’homedie française” hag an aktourion ne gomzont ket get taol mouezh Marseilh... Ar perak a zo displeget mod-se barzh Le Monde (30/09) : “Ce choix est revendiqué haut et fort par Muriel Mayette, l’administrateur général de la Comédie-Française, et par Irène Bonnaud, la metteuse en scène de la pièce, qui entend rendre justice à “l’universalité” de Pagnol, et “démontrer que Fanny n’est ni folklorique ni pittoresque, mais une des grandes oeuvres du répertoire théâtral français”.
Ha perak e vehe “folklorique” ha “pittoresque” komz galleg doare Marseilh war al leurenn, e Pariz ? Perak dilezel an taol mouezh-se ? N’eo ket ken “hollvedel” evit an taol mouezh “standard” klevet e Paris, er mediaioù ha c’hoazh ? Ha doujus eo, an dibab-se, e keñver Pagnol e-unan ?
Meur a feson a zo da gomz galleg, e Marseilh, Tolosa, Bourdel, Lille, Bruxelles, Genève, Dakar, Beyrouth, Montréal, ha me oar me. “Hollvedel” int, holl. Met pas evit tud zo a gav gwelloc’h lakaat un taol mouezh galleg “standard” (ho hini marteze), e begoù Marius, Fanny, Escartefigue, ha c’hoazh. Domaj eo, d'am sonj, rak an taol mouezh-se a gas saourentez d’ar pezh c’hoari (a vo skignet a-benn disadorn war Frans 2).
18:48 Publié dans Arzoù/Arts, C'hoariva/théâtre, Galleg/français | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, pagnol, français
23/09/2008
Noms, sacrés noms...
La version bretonne de cet article, parue en mars 2005, suscite actuellement des commentaires. Je l'ai donc rééditée, ainsi que la version en français, que voici.
"J’ai commencé à parler breton début 2002 et je découvre, petit à petit, le monde des bretonnants. Commencer à parler une langue, à la lire, à comprendre les gens qui la parlent, à être compris soi-même, est un grand plaisir. Avec la découverte de la langue elle-même, vient la découverte d’un univers, d’une façon de voir le monde, d’une culture qui fut celle de mes ancêtres jusqu’à mes quatre grands-parents.
Mais il y a aussi la découverte, collatérale, des us et coutumes du monde bretonnant. Ainsi, j’ai découvert qu’il fallait “bretonniser” les noms de familles, et donc le mien... J’ai commencé à envoyer des articles en breton à tel ou tel journal, en les signant de mon nom, et j’ai eu la surprise, une fois imprimé, de voir mon patronyme transformé sans qu’on m’ait demandé quoi que ce soit. A la place de Christian Le Meut, j’ai eu droit à du Christian Meut, ou du Christian Ar Meut... Cachez donc ce “Le”, trop français, que nous ne saurions voir... Une revue m’a indiqué que si je voulais continuer à écrire dedans (bénévolement je précise), il fallait “bretonniser” mon nom. Mon nom ne ferait pas assez donc breton : ça alors ! Et comme je suis un peu têtu, j'ai dit non. Non. NON. NANN.
Cristiano El Moto ?
Voilà une vingtaine d’années que j’écris des articles, c’est d’ailleurs mon métier, et certains ont été traduits en espagnol, en allemand, en anglais... Mon nom n’a pas été changé pour autant, pour devenir “Cristiano El Moto” ou “Chris The Meuth”... Mais c’est ainsi dans le monde des bretonnants, si vous avez un petit quelque chose de trop français dans votre nom, il faut le “bretonniser” d’urgence. Et, dans ce sport là, l’injustice est de mise car il en est qui doivent changer leurs noms et d’autres qui n’ont rien à changer dedans...
Mais, si l’on admet ce principe de bretonnisation, comment le mettre en application ? Si je suis Christian Le Meut selon l'Etat civil français, comment traduire cela en breton ? Kristen (équivalent du "Christian" français) ar Maout, Kristen Meut; Kristen Er Meut... “Maout”, signifie “bélier”, en breton vannetais mais, du côté de Crac’h et de Ploemel, près d’Auray, où sont nés mes grands-parents, ont dit plutôt “meuw” que “meut”. Qui donc choisira la meilleure traduction et prononciation ? L’Office de la langue bretonne, l’université de breton de Rennes ou celle de Brest ? Ces professeurs éméritees et spécialistes ne sont pas toujours d’accord entre eux...
Et si l’on bretonnise les noms de familles d’un côté, pourquoi ne pas les franciser de l’autre ? Mon nom de famille signifierait donc “le bélier” ou “le mouton”. Comment choisir ? Selon les dictionnaires, ce mot peut aussi désigner un “champion”, puisqu’un mouton était, et est encore (mais ne le répétez pas à Brigitte Bardot), donné au champion de lutte bretonne ayant gagné un tournoi... “Champion”, ce ne serait pas mal sauf que, comme il est également question de bêtes à cornes, un de mes dictionnaires bretons indique une autre traduction : “cocu”...
Effacer la part française ?
Dur dur, donc, de franciser comme de bretonniser. Les noms de familles, comme ceux de lieux, sont le fruit de longs processus historiques, familiaux, culturels. Si j’en crois le mien, je suis donc d’origine un peu chrétienne du côté de mon prénom, breton du côté de mon nom de famille mais avec une part française... Et c’est tant mieux. Car quelle est donc cette idée de vouloir “bretonniser” les noms, qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi chercher à effacer, à couper, à nier ainsi, une partie de notre identité ? Ce type de procédé a été utilisé contre la langue bretonne pour l’effacer du paysage, et c’est justement une bonne raison de ne pas l’utiliser à nouveau contre, cette fois, notre part française (et nos autres parts !).
Alors comment résoudre le problème ? Et bien en laissant les noms da familles tels qu’ils sont et en laissant chacun libre des les “bretonniser” ou pas, et de signer à sa guise... Mais, en continuant de chercher, j’ai découvert récemment que mon nom de famille pourrait venir du gaulois, via le breton ! Voilà l’idée : le gaulois étant une langue celte, ancêtre commun à la langue bretonne et à la langue française. Pourquoi ne pas “gauloïser” plutôt les noms de familles ? Mais comment ? Eh bien à la façon d’Astérix, pardi, et c’est signé :
Christianix Le Meutix
11:08 Publié dans Breizh/Bretagne, Brezhoneg/Langue bretonne, Galleg/français, Politikerezh/Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bretagne, noms, bretons, français


