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09/08/2008

Lorient : quel "respect" de la langue bretonne par le Festival interceltique ?

Dimanche dernier (3 août), pendant la grande parade du Festival interceltique de Lorient (Fil), plusieurs personnes ont défilé en portant une banderole demandant le "Respect de nos droits et de notre culture", en breton et en français*. Intégrée dans le défilé, cette banderole a été autorisée par les organisateurs. Très bien. Mais à qui s'adressait-elle ? A la population ? A l'Etat ? A la région ? Ou au festival interceltique lui-même qui n'a accordé à  la langue bretonne, jusque maintenant, qu'une place, étonnament, très insignifiante ?

Un journaliste à la retraite, Job Jaffré, écrivait déjà, le 15 août 1981, ceci (traduction de mon cru) à propos du Festival interceltique  dans le quotidien du soir "La Liberté du Morbihan" : "Parlons donc du breton pour dire que, encore cette fois-ci, sa place est insignifiante ("disterig") dans ces fêtes censément interceltiques (...). Ne demandez pas aux Pennoù Bras ("têtes grandes", dirigeants), à la noblesse des Grands Celtes. Aucun mot breton avec eux, car ils ne savent pas. Si ce n'est une petite veillée entre nous, aucun mot au cours des jours, des jeux, de la grande parade, des nuits... On fait comme si (la langue bretonne) n'était plus vivante, et les gens qui travaillent dur pour la tenir d'aplomb se trouvent comme des étrangers parmi ces gens-là. Je trouve que c'est une chose absurde dans une ville comme Lorient, capitale, censément, de la culture celte pendant dix jours." (Edité dans "Etrezomp-ni e brezhoneg", chroniques de Job Jaffré mise en forme par Daniel Doujet et publiées par Emglev Bro An Oriant, 2008).

Et maintenant ? 
Hier, vendredi, je suis allé passer une journée au festival. Concernant la langue bretonne, il y a des progrès : les panneaux du festival sont désormais bilingues, les annonces le sont souvent aussi. Le breton est un peu plus mis en avant. Le chapiteau du Pays de Galles lui réserve une place de choix (merci les Gallois !). Mais le Fil, dans ce domaine, revient de loin et peut facilement mieux faire. Car afficher du breton est une chose, ça fait joli dans le décorum, couleur locale, celtique, typique et tout; mais pratiquer et promouvoir une langue vivante c'est autre chose. 

Sur le programme, par exemple, je n'ai noté aucun rendez-vous en langue bretonne, si ce n'est des cours. Aucune conférence, aucun débat en breton, par exemple (avec traduction pour les non-bretonnants, ça peut s'organiser). Aucun lieu précis où l'on puisse parler, simplement discuter, à part quelques stands. Il y a un cabaret littéraire, mais la littérature de langue bretonne en est exclue de fait. Pourtant des livres et des revues paraissent en breton, la littérature de langue bretonne existe et évolue mais cette matière là n'a pas droit de citer ici au Festival interceltique. Il est vrai que, pour s'en rendre compte, il faut soi-même lire le breton. Les "Pennoù Bras" du festival, dont Job Jaffré disait qu'il n'y avait rien à attendre d'eux comme soutien à la langue bretonne, ont-ils amélioré leurs compétences dans ce domaine ?

L'exemple du Pays de Galles 
On n'en est peut-être plus au stade que dénonçait Job Jaffré il y a 27 ans, mais on n'en est pas encore complètement à celui où la langue bretonne serait intégrée comme langue vivante dans le fonctionnement du Fil. Au stade où le Festival interceltique assumerait pleinement son soutien au combat pour la survie et le développement de la dernière langue d'origine celtique parlée sur le continent européen. A un stade de soutien actif, dynamique et assumé, comme on en voit au Pays de Galles, invité d'honneur cette année. La-bas, la langue galloise se porte mieux, a un statut officiel, voit le nombre de ses locuteurs augmenter. 

On en est encore loin en Bretagne. Tout cela ne tient pas qu'à un Fil, évidemment. Car il en faut beaucoup, de fils, pour qu'une langue menacée soit sauvée. Mais celui-là est d'importance.

 Christian Le Meut 

* http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=11695&nb...

J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet les années précédentes :

http://rezore.blogspirit.com/archive/2005/10/07/intercelt...

Commentaires

meus aon eo arabat chom da deviñ ar gouloù gant prezennouigoù ha koll amzer o c'houlenn un tamm sikour digant ar pennoù braz, ar re mañ ne reont foultr ebet, evito n'eus nemet eus ar yezh ur seurt "arouez" da livañ un tamm liou eus ar vro evit an douristed ! e Breiz ez eus tud a oa bet soubet e brezhoneg hag o deus bet laket a-gostez (n'int ket bet tennet o c'hont) gant pennouigoù an assossiassionoù hag an emzao c'hoant ganto bevañ a vloaz da vloaz, magañ ur genou bennag war ur post a verr dermen hep sellout eus an amzerioù o tont...

au lieu de passer son temps à attendre un soutien français ou breton francophone qui ne vient pas (et comment pourrait t il en être autrement du fait du caractère on ne peut plus secondaire de la langue bretonne dans l'esprit des "pennou braz"), ne faudrait il pas remettre en cause l'efficacité d'un réseau de multiples organismes et associations de "soutien" du breton ??? celles qui font leur petit machin dans leur coin et ramassent quelques gwennegs pour un ou deux emplois à l'année, sans aucune action commune cohérente ni rapport avec le peuple breton qui n'en a que faire des tergiversations et petits discours des camarades de l'emzao koz (voire les 3 ou 4 pourcent des petis partis bretons lors des consultations)
tout est à revoir sinon on va rester stankés comme des glampins pour 30 ans encore, il y a des gens de bonne volonté partout mais qui en ont marre de voir leur action rester dans l'impasse, alors c'est bien joli de toujours remettre la faute sur les responsables culturels ou politiques quand c'est le structure même qui est à revoir

une question pour finir : estivada occitanes = 6000 entrées, eisteddfod = 10 000 entrées, bretagne = vieilles charrues à 50 000 entrées par jour, + bobital (20 000?) + crozon (40 000?) + lorient (30 000 ?) +++ etc... avec si peu de breton dans chacun de ces lieux

n'y a t il pas de place pour une gouel an hañv en bretagne, histoire de rassembler les gens autour de la langue et se dire qu'on va quelque part ????

Écrit par : riwannon | 10/08/2008

Oui, tu as raison, c'est nul, y'a pas assez de breton au festival. Je suggère qu'on arrête tout, comme ça, on aura plus de raison de se plaindre !

Écrit par : Yann | 10/08/2008

Demat/Bonjour
Yann : le débat n'est pas dans le tout ou rien mais quand un festival se prétend interceltique, on peut discuter de sa manière d'assumer son projet. En terme linguistique, et la langue bretonne est, à mes yeux, centrale dans la culture bretonne, l'attitude du Fil a été très longtemps plus que décevante alors qu'un festival de ce type aurait dû, dès le départ, porter et promouvoir le breton. Notre langue n'a-t-elle droit de citer que quand elle est chantée ?
Riwanon : je crois que les associations font leur part de boulot pour la transmission de la langue. Créer un nouveau festival, e brezhoneg hag evit ar brezhoneg, en breton et pour le breton ? Gros travail. On peut aussi demander aux festivals existants de mettre mieux en valeur et en pratique la langue bretonne. Cela dit des manifestations comme la Redadeg (course pour la langue bretonne), ou la journée de la langue bretonne (Carhaix) montrent que le breton mobilise.
Kenavo
CLM

Écrit par : Christian | 11/08/2008

quelqu'un commentait globalement ainsi l'affluence à l'arrivée de la redadeg lors d'une émission tv : si on avait vraiment un événement populaire ici ce ne serait pas 2000 personnes mais 20 000 qui viendraient, et la caméra fait un plan du champ quasi-désert en arrière plan, c'est tellement vrai mais on a toujours un auto-satisfecit de la part de ceux qui controlent...

Écrit par : riwannon | 11/08/2008

J'ai personnellement participé à la Redadeg (sans me contenter de regarder la télé), et je pense que cela a été un événement populaire tout au long de 600 km de course, qui pourra prendre une plus grande ampleur encore lors de sa seconde édition. A Carhaix, lors de l'arrivée il y avait, à mon avis, largement plus de 2.000 personnes (j'y étais), si l'on compte les rues du centre-ville et l'arrivée sur le site de la fête des 30 ans de Diwan. Cette course a mobilisé au-delà des réseaux militants et à été, à mon avis (et je ne fais pas partie des organisateurs), un succès, compte-tenu des moyens humains et matériels qu'il y avait au départ pour l'organiser.

Écrit par : Christian | 11/08/2008

je partage ton point de vue Christian! La Redadeg a fait parler d'elle et le fera encore plus lors de la prochaine édition. Pas uniquement côté bretonnant, mais aussi côté "bobo" qui se donneront bonne conscience en finançant quelques kilomètres.

Concernant le FIL, je trouve qu'il y a eu du progrès. Tu as loupé Iwan B, "rappeur" breton au manège. On est encore loin du compte, mais vues les déclarations autonomistes et l'ouverture de Lisardo Lombardia, on peut être certain que ce sujet avancera...

Quand à l'oratorio... brav eo!

Allez, j'espère pouvoir commenter ton blog en breton très prochainement.

Gael.

PS: 40000 personnes à Lorient? Tu n'as pas oublié un "0" Riwannon?

Écrit par : Gael | 12/08/2008

http://udbbroanoriant.over-blog.com/article-21920828.html

Nous avons parlé de la timide progression du breton, mais le journaliste n'a pas cru utile d'en tenir compte.

Gael.

Écrit par : Gael | 13/08/2008

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