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28/03/2007

Identité nationale, Jaurès et les langues régionales

 Il est beaucoup question d'identité nationale ces temps-ci dans la campagne électorale, ainsi que de Jaurès, dont la mémoire est sollicitée tant à gauche qu'à droite. Je m'autorise donc à rééditer les deux notes suivantes rappelant que Jean Jaurès parlait l'occitan (même s'il n'utilisait pas ce terme pour désigner la langue dans laquelle il faisait une partie de ses discours), et qu'il était favorable à l'enseignement des langues dites régionales :

"Suite à la note parue sur Jaurès (ci-dessous), qui a suscité plusieurs commentaires, un internaute a remis au jour une citation de Jaurès trouvée dans le livre "Comment peut-on être Breton ?", de Morvan Lebesque (pp. 99 et 100). Le célèbre homme politique socialiste s'y déclare pour un enseignement des langues régionales à l'école, qu'il argumente ainsi dans la Revue de l'enseignement primaire du 11 octobre 1911*.

"Quand j'interrogeais les enfants basques jouant sur la plage de Saint-Jean de Luz, ils avaient le plus grand plaisir à me nommer dans leur langue le ciel, la mer, le sable, les parties du corps humain, les objets familiers. Mais ils n'avaient pas la moindre idée de sa structure et, quoique plusieurs d'entre eux fussent de bons élèves de nos écoles laïques, ils n'avaient jamais songé à appliquer au langage antique et original qu'ils parlaient dès l'enfance les procédés d'analyse qu'ils sont habitués à appliquer à la langue française. C'est évidemment que leurs maîtres ne les y avaient point invités. Pourquoi celà, et d'où vient ce délaissement ? Puisque ces enfants parlent deux langues, pourquoi ne pas leur apprendre à les comparer et à se rendre compte de l'une par l'autre ? Il n'y a pas de meilleur exercice pour l'esprit que ces comparaisons (...). L'esprit devient plus sensible à la beauté d'une langue par comparaison avec une autre langue, il saisit mieux le caractère propre de chacune, l'originalité de sa syntaxe, la logique intérieure qui en commande toutes les parties et qui lui assure une sorte d'unité organique. Ce qui est vrai du basque est vrai du breton. Ce serait une éducation de force et de souplesse pour les jeunes esprits..."

* Cité dans Le Peuple breton en 1964 lui-même repris par M. Lebesque.

Et Jaurès parlait occitan ? Non "patois"...

Entendu samedi matin (25 février 2006) sur France Culture, pendant l'émission d'Alain Finkielkraut, Réplique : deux spécialistes de Jaurès, Jean-Pierre Rioux, rédacteur en chef de la revue d’histoire Vingtième Siècle, et Gilles Candar, spécialiste de l'histoire des gauches françaises, y étaient invités. L'un d'entre eux explique que Jaurès, dans sa région d'origine (Carmaux, le Tarn, Toulouse...) commençait presque systématiquement ses discours en occitan et les finissait en français. Et Alain Finkielkraut de s'étonner : "Il commençait ses discours en occitan ?"

Comment ça, un homme politique, écrivain et philosophe français de l'étoffe de Jaurès connaissait l'occitan et le parlait publiquement, en plus... Sans doute pour être compris, au début du vingtième siècle, par une partie de son auditoire qui devait parler uniquement l'occitan mais ça, M. Finkielkraut en a t-il conscience ? Mais rassurons-nous, un des historiens a cru bon de préciser que Jaurès devait ne pas dire "occitan" mais "patois". Ouf, Jaurès parlait "patois". Enfin, ça a eu l'air de rassurer M. Finkielkraut. La France aurait-elle des racines multiculturelles et multilinguistiques cachées ? Que non, il y a le français d'un côté, et les "patois" de l'autre. Ce terme de "patois", hautement scientifique, revient d'ailleurs souvent sur les ondes de France culture... Où l'on a du mal, semble-t-il, a voir qu'il y a d'autres cutures et d'autres langues que la seule française à l'intérieur de l'Hexagone. Non, ce ne sont pas des cultures ni des langues : des "parlers", "dialectes", "patois"...

Mais bon, l'émission a eu, entre autres mérites, celui de nous rappeler que Jaurès parlait occitan et semblait l'assumer très bien. Il était également partisan de l'enseignement des langues régionales à l'école, si j'ai bien entendu l'un des historiens. De plus en plus intéressant, ce Jaurès.

Christian Le Meut

Pays Basque : il faut relever les empreintes des juges et des gendarmes

Communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ) :

"Le SNJ s’associe au club de la Presse du Pays Basque pour dénoncer la grossière intimidation, décidée par le Parquet de Paris, à l’encontre des dix journalistes et d’un stagiaire de la radio associative en langue basque Irulegiko Irratia. Parce que cette radio, parmi d’autres médias, a reçu par la poste un communiqué revendiquant un attentat et l’a remis aux autorités à leur demande, l’ensemble de l’équipe a subi un relevé d’empreintes digitales. Ce relevé a été effectué par la gendarmerie de Saint-Jean-Pied-de-Port, agissant à la demande de la brigade de recherches de la gendarmerie de Pau.

Les membres de la rédaction d’Irulegiko Irratia ont été menacés de garde à vue s’ils refusaient ce relevé d’empreintes. Explication des autorités : seul ce relevé pouvait les mettre hors de cause ! Il s’agit naturellement d’une pression judiciaire totalement inadmissible. En imposant cette procédure, le parquet de Paris réinvente le droit : ce n’est plus à la justice de faire la preuve d’un crime ou d’un délit, c’est au citoyen, quelle que soit sa fonction, de faire la preuve de son innocence. Dans ce cas, et sachant que l’enveloppe et le texte de la revendication ont été touchés par les gendarmes ainsi que par les magistrats, le SNJ demande que leurs empreintes soient également relevées. Dans la société de soupçon général mise en place au Pays Basque par le Parquet de Paris, ce relevé, et lui seul, sera l’unique moyen de les mettre hors de cause. 

Paris, le 17 mars 2007"