Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/02/2007

Xavier Grall et "l'impérialisme linguistique..."

medium_grall125.jpgXavier Grall,  poète, romancier, journaliste, est décédé le 11 décembre 1981, il y a 25 ans. Voici une de ses chroniques, parue dans La Vie en 1978.  

"C'est vrai. Je n'écris pas en breton. Je ne parle pas le breton. Beaucoup m'en ont fait le reproche. Je ne connais pas le parler maternel. Mon père n'y tenait pas. Et quand on est gosse, on n'en rajoute pas sur le chapitre.

Aujourd'hui, cette  ignorance me gêne, et parfois m'humilie. Les imbéciles en profitent qui suspectent la sincérité de mes opinions, la profondeur d'une identité longtemps quêtée dans les jours de ma vie, durement, âprement, obstinément. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Air connu ! Eh bien, si ! Cette langue, c'est le lait et le miel du premier âge. On l'apprend mal dans les livres. Elle est le chant du vent, la plainte de la pluie, la semence du blé. Elle est véritablement charnelle. Elle n'est pas le fait des docteurs, elle est concrète et vitale, pour ainsi dire, végétale. Elle est la tige et l'algue. Par dessus tout, elle est musique. Et plus ancienne que la langue française. je la respecte trop pour la baragouiner. Elle ravissait ma mère. Elle claquait, violente, à la gueule des grands chevaux, maniée par des paysans pareils à des seigneurs. Elle gémissait parfois sur les lèvres des vieilles femmes pauvres dans des masures noires. Elle était la culture, d'un peuple fier et méprisé. Mieux qu'une culture, une civilisation. Et cette langue qui ne fut jamais enseignée, il est proprement miraculeux qu'elle soit encore utilisée, qu'elle ait plus de prix que le latin - cette langue morte - et autant de nuances que le grec non pour exprimer toutes les subtilités de l'intelligence mais celles du coeur.

Les impérialismes linguistiques et culturels sont aussi malfaisants que les autres. Ils en sont du reste le prolongement.

Moi, j'aime les peuples dans leurs singularités langagières et autres. Comme ce monde est beau d'avoir plusieurs voix  ! En Europe même, quel bel opéra ! Oui, s'il est défendu de cracher par terre, il est autorisé de parler breton. Et très haut...

(7-IX-1978 - Xavier Grall - Extrait de "Les vents m'ont dit" recueil de chroniques hebdomadaires parues dans La Vie, Ed. Cerf La Vie, 01/1983).

Foot : ne tirez pas sur le maillot !

medium_foot165.2.jpgJ’ai deux copains qui jouent au foot : Malo, douze ans, et son frère Simon, dix ans. Le foot est un jeu, mais un jeu qui peut être pris très au sérieux par les enfants, et par les adultes aussi. Les enfants participent à des championnats et affrontent d’autres équipes chaque week-end. Justement, l’équipe de Simon est en tête de son championnat, alors que celle de Malo, l’aîné,  est plutôt en queue.

Malo et Simon sont les deux fils d’un couple d’amis. Nous nous sommes vus récemment et la conversation est venue sur le terrain du football... Les deux garçons avaient l’air très contents de leur sport, et les parents satisfaits de voir leurs rejetons épanouis... L’âiné  cependant n’avait pas l’air complètement satisfait : “L’entraîneur nous dit de tirer sur le maillot des joueurs de l’équipe adverse”; et la maman de préciser : “L’entraîneur est quelqu’un de bien mais on n’est pas trop d’accord avec ça”...

J’ai quelques fois l’occasion d’apercevoir du football professionnel à la télévision et il me semble qu’à ce niveau-là aussi, on voit beaucoup de joueurs tirer sur les maillots de leurs adversaires, ce qui est défendu mais largement pratiqué et pas toujours sanctionné...C’est un mauvais pli, une mauvaise habitude qu’ont pris les joueurs mais il semble que le problème vienne de loin si les entraîneurs eux-mêmes incitent les enfants de dix ans à tirer sur les maillots adverses alors que c’est interdit. Ils incitent donc à tricher. Imaginons un maître d’école qui dirait à ses élèves élèves : “Si vous ne savez pas, trichez sur votre voisin...” On n’a, à ma connaissance, jamais vu cela dans une école mais dans les clubs de football cela se fait, manifestement...

Quel est le but du sport ? 
Quel est le but du sport en général et du foot en particulier ? Se sentir bien dans son corps, développer ses capacités physiques, apprendre à jouer ensemble... Chercher ensemble à pratiquer le mieux possible son sport pour se faire plaisir et gagner le match : mais compétition ne signifie pas tricherie. Gagner en développant ses qualités propres, son sens tactique, son intelligence de jeu collective, tel est le but. Il n’est pas de tricher en empêchant l’équipe adverse de jouer son jeu. Au contraire, en laissant jouer l’équipe adverse on apprend à la contrer et l’on développe ainsi ses qualités de défense et d’attaque.

Beaucoup de gens croient, manifestement, que le but du sport de compétition est de gagner à tous prix et par tous les moyens. D’être en tête du classement, de vaincre voire d’écraser autrui. La fin justifie alors les moyens. En incitant les enfants à tricher on leur apprend également à ne pas respecter les autres, et à ne pas respecter les lois qui définissent comment jouer ensemble, comment vivre ensemble sur le terrain. Il ne faut pas s’étonner ensuite, de voir de plus en plus de tricherie sur les terrains de football, et en dehors des terrains de football.

Mais c’est à nous, adultes, de savoir quelles valeurs nous voulons concrètement apprendre à nos enfants : la tricherie ou le respect d’autrui ?
Christian Le Meut

Fobal-mell droad : ne dennit ket war ar rochedoù !

medium_foot165.jpgMignoned din a c’hoari fobal (mell droad e vez lâret e brezhoneg flour met ma brezhoneg n’eo ket berped flour). Malo, daouzek vloaz hag e vreur yaouank, Simon, dek vloaz, a zo e c’hoari fobal en Il-ha-Gwilenn. Un c’hoari eo, ar fobal, met a c’hell bout sirius bras memestra evit ar vugale hag evit ar re vras. Kampionnadoù zo, ha c’hoariet vez bep dibenn sizhun get ar vugale e enep da skipailhoù all. Justawalc’h skipailh  Simon a zo e penn he gampionnad, hag hini Malo a zo e lost he gampionnad...

N’eus ket pell zo m’boa gwellet Malo ha Simon get o zud, hag a zo mignoned kozh din, ha deuet oa ar gaoz war ar fobal. Ar baotred hag o zud a oa laouen, dre vras : ar vugale a gav bourrapl redek dirak ur volotenn hag en em gavout get bugale all; hag o zud a  zo laouen ivez e welet o mibien ken plijet get ar sport. Met un draig oa a dreuz memestra. Un draig bet lâret get Malo, trist un tamm : “...Ar gourdoner a c’houlenn ganeomp sachiñ war rochedoù  bugale ar skipailhoù all”. Met Malo ne oa ket a du get an dra-se, ne oa ket kontant d’ober an dra-se. Nag e dud ivez : “Ur paotr a feson eo ar gourdoner memestra”, doa displeget ar vamm, “met goulenn a ra d’ar vugale sachiñ war ar rochedoù ha n’omp ket kontant get an dra-se”...

Ar re vras ivez
Ur wezh an amzer e wellan mell droad barzh ar skinwell, ha meur a wezh m’boa remerchet an dra se : tennet ‘vez war ar rochedoù get ur bochad fobalourion hiriv an deiz. Hag an dra se a zo displijus bras da welet ha difennet grons get lezennoù ar fobal, eurus awalc’h... Met ar re a denn war ar rochedoù ne vezont ket kastizet bep gwezh hervez ar pezh m’eus gwelet...   Ur si eo, un tech fall, met dont a ra a bell mard ar gourdonerion o unan a c’houlenn get ar vugale a zek vloaz da denniñ war ar rochedoù ! Evel ma vehe lâret d’ar skolidi get ar gelennourion : ma ne ouit ket, truchit !... M’eus ket james klevet komz a gelennerion a larehe traoù sort-se d’ar vugale, eurus awalc’h. Met, barzh kluboù sport zo, gourdonerion a lâr d’ar vugale : “truchit”...

Deskiñ truchiñ 
Petra eo palioù ar fobal hag ar sportoù all, benn ar fin ? Bout ar re gentañ, bout e penn ho rummad, “bout ar re wellan”, ha ne vern ma vez truchet ganeoc’h ? Deskiñ truchiñ : setu pal ar fobal hag ar sportoù all ? D’am sonj me, ha n’on ket ma unan penn e sonjal mod-se, palioù ar sportoù a zo bout yalc’h, c’hoari asambles, klask d’en em glevout evit c’hoari ar gwellan posupl, sur awalc’h, met dre ar strivoù a vez graet ganeomp, dre an doare da c’hoari ha pas e druchiñ, pas ec’h ober taolioù fall. Ma vez desket truchiñ d’ar vugale bezomp ket souezhet e wellet tud vras truchiñ ivez, war lerc’h. Hag un deiz bennak, dre fors truchiñ, ne vo ket mui nemet trucherion war an tachennoù fobal hag er maez ag an tachennoù fobal ivez.

Deomp ni, ar re en oad, ar re vras, da welet ar pezh a faota deomp deskiñ d’ar vugale : truchiñ... pe bout doujus d’ar re all.

Christian Le Meut