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16/10/2007

Livre : "J'arrive où je suis étranger" de Jacques Sémelin

36a5ad0d86fbb31f846c643a7aad1ac5.jpgVoir : c'est une chose habituelle pour la plus grande partie d'entre nous. Nous voyons, nous regardons les autres, la personne que nous aimons, les arbres, le ciel, la mer, la terre, la lune... Nous lisons, nous écrivons, nous courons, sans penser plus loin. C'est notre vie quotidienne.

Jacques Sémelin faisait aussi toutes ces choses-là quand il était enfant et adolescent. Un jour, au lycée, une infirmière lui demanda : "Est-ce que l'on vous a dit que vous deviendrez aveugle un jour ?"... Rétinopathie, c'est le nom de la maladie. Jacques ne le savait pas mais fit semblant... A l'âge de 16 ans, il avait déjà du mal à jouer au handball, il ne voyait pas la balle qui était trop petite; au football, Jacques était bon, mais plutôt du côté droit, du côté gauche il ne voyait plus très bien déjà.

Jacques Sémelin ne dit rien à ses parents. La première fois qu'il eut un rendez-vous avec une jeune fille ce fut de nuit, dans un terrain de camping... Il ne parvint pas à retrouver la tente de sa copine parmi les autres, à cause de la nuit noire. Dur dur...

Comment se marier en disant à sa femme : "Un jour, je ne sais pas quand, je deviendrai aveugle, pour de bon et pour toujours" ? Comment être père quand on ne peut pas lire d'histoires à ses enfants ? Comment être historien, et chercheur au CNRS, si vous ne pouvez lire vous-même ? Comment aller étudier aux Etats-Unis ? Comment écrire et éditer des livres ? 

Jacques Sémelin est devenu aveugle au milieu des années 80. Malgré sa maladie, malgré les difficultés, il est devenu mari, père, historien, chercheur aux Etats-Unis puis ensuite au CNRS, professeur, etc. Il explique le comment et le pourquoi dans ce livre émouvant. Comment, avec amour, volonté, foi, intelligence et... l'aide des autres, vous pouvez avancer plutôt que tomber.

Christian Le Meut 

Le titre du livre est tiré d'un poème de Louis Aragon :

"Rien n'est précaire comme vivre
rien comme être n'est passager
c'est comme fondre pour le givre
et pour le vent être léger
j'arrive où je suis étranger"


J'arrive où je suis étranger, Jacques Sémelin, Ed. du Seuil, 19,80 €.

Levr : "J'arrive où je suis étranger" get Jacques Sémelin

548db92cb84ca155a7e2faeab69583d8.jpgGwelout : un dra boutin eo evit al lodenn vrasan ac'hanomp. Ni wel. Ni sell doc'h ar re all, doc'h an den a garomp, doc'h ar gwez, an oabl, ar mor, an douar, an heol, al loar... Ni lenn, ni skriv, ni red, hep sonjal pelloc'h. Akourset omp, hor vuhez pemdeziek eo.

Jacques Sémelin a rae razh an traoù-se pand a oa eñv krouadur ha krennard. Un deiz, el lise, ur glañdiourez doa goulennet getan : "Ha lâret eo bet deoc'h penaos e teuec'h da vout dall un deiz bennak ?"... Rétinopathie, setu anv ar c'hleñved. Jacques ne ouie ket met graet en doa van... D'an oad a c'hwec'hzek vloaz, en doa poan dija e c'hoari handball, ne wele ket ar volotenn hag a oa re vihan; er fobal, Jacques a oa ur c'hoariour a feson, met kentoc'h d'an tu dezhoù, d'an tu kleiz ne wele ket mat.

Jacques Sémelin n'doa lâret netra d'e dud. Ar wezh kentañ en doa bet un emgav get ur verc'h yaouank, a oa da noz, barzh un dachenn kamping... N'en doa ket kavet en dro deltenn e zousig e-touez ar re all a gaoz d'an noz teñvel. Diaes !

Penaos en em zimeziñ e lâret d'e wreg : "Un deiz bennak, n'ouion ket pegoulz, e teuin da vout dall, da vat hag a viskoazh" ? Penaos bout tad ma n'hellit ket lenn istorioù d'o bugale ? Penaos bout istouror, ha klaskour barzh ar CNRS, ma n'hellit ket lenn ho-unan ? Penaos monet da studiañ er Stadoù-Unanet ? Penaos skriv hag embann levrioù ?

Jacques Sémelin zo daet da vout dall e kreiz ar bleadoù pevar ugent. Daoust d'e gleñved, daoust d'an diaesamentoù, daet eo da vout gwaz, tad, istorour, klaskour er Stadoù Unanet hag ar lerc'h er CNRS, kelennour, ha c'hoazh. Displegiñ a ra ar penaos hag ar perak barzh al levr fromus-se. Penaos, get karantez, youl, feiz, spered ha... sikour ar re all, e c'hellit mont araok ha nompas kouezhel.

Christian Le Meut 

An titl a zo tennet ag ur barzhonneg skrivet get Louis Aragon :

"Rien n'est précaire comme vivre
rien comme être n'est passager
c'est comme fondre pour le givre
et pour le vent être léger
j'arrive où je suis étranger"

J'arrive où je suis étranger, Jacques Sémelin, Ed. du Seuil, 19,80 €.

18/09/2007

Alain Rey :"Valoriser la culture régionale"

Petite citation du linguiste Alain Rey trouvée sur le site Evene (trugarez da zDiwan Breizh) :

"Si vous deviez donner des consignes à un nouveau ministre de l’Education ?

Mes conseils, ce serait de chercher partout le bilinguisme, de valoriser la culture régionale. Les langues régionales ont été combattues, certaines ont été écrasées, d’autres ont résisté mais elles ont toutes été mises à mal par le système éducatif. Leur image s’améliore, paradoxalement c’est aussi maintenant qu’elles n’existent presque plus… Le problème en France, c’est que la langue maternelle est considérée comme négative. Il faudrait faire des cours en partie en basque, en partie en catalan, etc., sans négliger le français évidemment. Il serait tout à fait normal qu’à Nice, il y ait plus de gens qui fassent de l’italien qu’à Strasbourg, or on fait tous de l’anglais. C’est une uniformisation pratique, mais on pourrait faire comme les Suédois, qui apprennent en suédois et en anglais à partir d’un certain âge. Ma conviction, c’est que s’il y avait un bon enseignement de l’italien en Corse, le corse en serait renforcé."

http://www.evene.fr/celebre/actualite/interview-alain-rey... 

13/09/2007

Levr/livre : Conversation avec mon chien sur la France et les Français

24962f65dc63ed736c3ad331ffb8868a.jpg Setu ul levr embannet e 2004 met bet lennet genin ar bloaz-mañ hepken. Skrivet eo bet e katalaneg get Joan-Lluis Lluis, skrivagner ha kazetenner e Katalugna hanternoz (tu Bro C'Hall neuze) ha troet e galleg get Cathy Ytak. Joan-Lluis Lluis a glask displegiñ d'e gi (unan speredek bras memestra), Bro Frans, he identelezh, he istor  ofisiel, plas ar galleg, plas ar yezhoù rannvroel, an diforc'h etre republik ha demokratelezh (n'eo ket ar memes tra, bout ur republik ne dalv ket bout un demokratelezh...)...

Diskouezh a ra ivez penaos a zo bet ankoueit istor Bro gKatalugna get istor ofisiel Bro-C'hall (sonj peus ? "Hor gourdadoù ar Galianed), penaos e oa bet skarzhet ar c'hatalaneg ag ar skolioù, ag ar vuhez sokial, ekonomikel, melestradurel... Penaos e veze kastizhet ar vugale a gomze katalaneg, penaos ne veze plas nemet evit ur yezh, ar yezh ofisiel ha santel : ar galleg.

An istor-se a zo tost d'ar pezh a zo bet graet e Breizh ivez evit skarzhiñ ar brezhoneg hag ar gallaoueg. Met ar skrivagnour a ya pelloc'h. Hervezan, Bro Frans n'est ket ur vro "met ur relijion"; ur sort relijion get delwennoù evel al laikerezh, ar yezh, an istor ofisiel, an harzoù ha n'hellont ket bout chanchet (daoust dezhe bout bet chanchet meur a wezh a-hed an istor...).

Danvez da brederiañ a gas al levr-se, skrivet evel ur "pamphlet". Kentelius hag aes da lenn (125 bajenn). 7€. Embannadurioù Le Cherche Midi (Paris). 

En français (e galleg) : Voici un livre édité en 2004 mais que je viens seulement de lire. Il a été écrit en catalan par Joan-Lluis Lluis, écrivain et journaliste en Catalogne du nord (côté français donc) et traduit en français par Cathy Ytak. Joan-Lluis-Lluis tente d'expliquer à son chien (très intelligent, la bête !), la France, son identité, son histoire officielle, la place de la langue française, celle des langues régionales, la différence entre république et démocratie (ce n'est pas la même chose, être une république ne signifie pas être une démocratie...)...

Il montre également comment l'histoire de la Catalogne a été oubliée dans l'histoire officielle de France (on se souvient de "Nos ancêtres les Gaulois"), comment la langue catalane a été exclue des écoles, de la vie sociale, économique, administrative... Comment les enfants qui parlaient catalan étaient punis, comment il n'y avait de place que pour une langue, la langue officielle et sacro sainte : le français. 

Cette histoire-là est proche de ce qui a été aussi fait en Bretagne pour exclure le breton et le gallo. Mais l'écrivain va plus loin. Selon lui, la France n'est pas un pays mais "une religion"; une sorte de religion avec ses croyances que seraient la laïcité, le français, l'histoire officielle,  les frontières intangibles (même si elles ont beaucoup changé au cours des siècles...). 

Ce livre, écrit comme un pamphlet, apporte matière à réfléchir. Instructif et facile à lire. 125 pages. Editions du Cherche Midi. 7 €.

Christian Le Meut 

30/08/2007

"Le breton condamné" : le point de vue de Xavier North

Ayant trouvé l'adresse mail de M. Xavier North à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), sur internet (lire les épisodes précédents ces derniers jours) :

xavier.north@culture.gouv.fr

Je lui ai envoyé, mercredi, ce petit message : 

"Monsieur
je viens d'apprendre avec surprise une phrase que vous avez prononcée en Argentine : " La langue bretonne est condamnée"... La langue bretonne est parlée par 250.000 personnes en Bretagne. Parmi elles, un bon nombre de locuteurs dont c'est la langue maternelle. Je la pratique, personnellement, chaque jour. Je m'étonne donc de vos propos et vous en demande confirmation et explication. Ils sont d'autant plus surprenants que vous êtes à la tête d'un service de promotion du français, certes, mais aussi des langues de France. Des actions de politique publique peuvent entraîner le déclin d'une langue (comme le français en Louisiane par exemple, où cette langue a longtemps été interdite...). Des actions de politique publique peuvent aussi à contrario, encourager la pratique et enrayer un déclin.

M. North, les "langues de France", êtes-vous chargé de les enterrer vivantes (car elles sont vivantes) ou de les promouvoir ?

Dans l'attente de votre réponse, veuillez agréer Monsieur, l'expression de mes salutations citoyennes.

Christian Le Meut"

J'ai reçu, jeudi, cette réponse de Xavier North :  

"Cher Monsieur,
Ne vous est-il pas venu à l'esprit que mes propos, tels que les rapporte un site internet, ont pu être sortis de leur contexte, déformés, ou purement et simplement "attribués" ? Après avoir évoqué cette vérité d'évidence - à savoir que globalement, la transmission des langues de France n’était plus guère assurée par le cadre familial, mais reposait désormais presque exclusivement sur l’enseignement et les médias - je m'étais contenté de souligner les contraintes budgétaires qui pèsent sur notre système éducatif ; et je n'avais pu que convenir avec mon interlocuteur de la nécessité d’un effort supplémentaire dans ces domaines.
Si vous voulez être rassuré sur l'engagement de la DGLFLF en faveur de la pluralité culturelle et linguistique dans ce pays, je me permets de vous renvoyer à notre propre site, dglf.culture.gouv.fr (rubrique langues de France).
Bien cordialement à vous,
XN"

Concernant "l'engagement" de la DGLFLF en faveur de la "pluralité culturelle et linguistique dans ce pays", chacun-e pourra aller consulter le site cité.

http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/garde.htm

Je tiens à souligner cependant que la source d'origine de cette information, le blogueur Nevern, Breton habitant Buenos Aires, est pour moi une source fiable. M. North insinue que les propos lui sont "attribués" mais ne les dément pas formellement, ils seraient "sortis de leur contexte". A voir. Il affirme, dans cette réponse, vouloir que soit fait "un effort supplémentaire" pour, on le suppose, l'enseignement des langues régionales. Nous ne doutons pas qu'il pèsera de tout son poids sur les administrations concernées, notamment en cette rentrée où, comme chaque année, les ouvertures de classes bilingues en Bretagne sont inférieures aux demandes.

Christian Le Meut 

28/08/2007

Le "breton condamné" : des explications de l'auteur de la question

Le Breton qui a interrogé Xavier North à Buenos Aires (lire notre précédente) n'est autre que le blogueur Nevern, qui précise les circonstances dans ce message (les intertitres sont de Rezore) :

"Bonjour Christian, Merci de relayer l'information et d'avoir trouvé sur le site les informations précises. Je profiterais de votre blog avant de préciser plus en détail non seulement la présentation de Mr Xavier North, la question que j'ai posée, la réponse faite et les aussi les personnes présentes. Mr Xavier North parlera pendant une heure, lisant principalement ses feuillets, sur le fond et dans la voix "la grandeur de la France" et la place de la france dans le monde pour conclure après ( nous nous rejoignons avec d'autres auditeurs sur un manque d'élan et de désir dans son discours) sur le français doit co-exister avec d'autres langues dans un environnement plurilingue. Applaudissements orchestrés par l'Attaché Culturel.

Des questions ?

Des questions. Oui, monsieur. " Monsieur le délégué, je m'appelle AG, réside à BA depuis maintenant 10 ans et enseigne la langue française et la langue bretonne (1-sans avoir le niveau 2- 3 élèves mon fils et deux amis). Silence, petit rire flûté et regard vers l'attaché culturel. " Je ne savais pas que l'on enseignait le breton à Ba". Ma question :" Vous n'êtes pas sans savoir que le breton est dans une situation critique. Nous perdons 26 locuteurs par jour. Le breton est en thérapie intensive. Selon l'Unesco et selon peut-être des calculs simples, le breton sera condamnée aux alentours du 15 octobre 2001, nous souhaiterons savoir quelles sont les actions du gouvernement pour empêcher cela et gommer de par la même la déclaration traumatisante de 1794 de l'abbé Grégoire".

Silence et blablablablablablablabla... pendant 10 minutes sans une information précise puis "la langue bretonne est condamnée", puis "Je vous l'ai dit quand j'ai parlé des 30 trentes glorieuses et des parents qui n'avaient pas transmis". A noter que l'expression employée dans sa conférence disait "La langue française s'est imposée face aux langues régionales". Toute seule comme une grande sans aucune action coercitive. blablalbla . médias, communications....puis plus catégorique "L'état n'a pas d'argent" et de citer (si mes oreilles ne me trahissent pas), "je ne sais plus le nombre de langues à considérer" et de conclure Le Président l'a dit "Nous ne signerons pas la chartre européenne" mais le Président a fait une déclaration".

Autre question : "Mais quand même..." 

Silence autre question. Madame. Oui. " Quand même je vous voudrai revenir sur ce que vous dites. La langue bretonne est liée à une histoire et elle est , elle, une vraie langue de civilisation" pas de réponse. Mr le délégué se recroqueville et son sourire se transformant en rictus laisse passer un "Vous avez raison madame". L'attaché culturel semble agacé et dit : "Bon, une autre question, autre que le breton" Oui. Monsieur. Dans le fond. "Bonsoir, je suis breton mais ma question sera autre. (rires dans la salle). La question aura trait à la politique audiovisuelle française.

Le directeur de l'Alliance francaise insistera auprès de professeur et d'élèves afin qu'ils expriment combien ils étaient contents d'être ici à cette conférence et d'avoir écouté le délégué et d'apprendre le français. Ce que feront deux élèves de façon maladroites. Le signal de départ est donné. Les gens se lèvent. Une femme devant moi se lève, se retourne et me raconte cette histoire avant d'éclater d'un rire frais et cristallin. "Je suis argentine et nous avons vécu 9 ans en France. Ma petite fille de 5 ans arrivant dans son jardin d'enfant explique à une autre petite fille qu'elle est argentine et française, la petite lui répond: "B'n, oui, c'est comme moi je suis française et bretonne".

Ce qu'il faudrait préciser et qui plonge toute cette situation dans l'absurde est qu'étaient dans la salle de conférence les éminents membres de l'oulipo : ouvroir de littérature potentielle. L'absurde historique vécu n'est pas que ces messieurs travaillent sur des nouveaux mots , des nouveaux sons, de la pataphysique ou des algorythmes et non que les autorités françaises consacrent leurs travaux mais que ces mêmes autorités ne puissent pas voir l'importance des langues et par leur aide publique ne permettent pas aux gens qui le veulent de récupérer les sons, les mots et le merveilleux des mots des langues régionales.

Boulets rouges
Messieurs, ne vous cassez pas la tête pour inventer des mots nouveaux . Il ne suffit que collecter des mots anciens et abandonnés pour ouvrir le coffre du merveilleux et en inventer d'autres pour le faire voyager Mr le Délégué Xavier North a répondu comme au 19 ième siècle et effectivement tout ressemblait aux 19 ième et donnait une impression de déjà vu. Flaubert l'aurait écrit: oui, les comices agricoles, Rodolfe c'est moi, la langue Bretonne, Emma Bovary, les maquignons sont aux culs des vaches et les autorités viennent de terminer leur discours bien humanistes et pensants. Mais voilà, la chose ne s'arrête pas là car la Francophonie ne peut et ne pourra pas se présenter dans le monde si elle ne fait pas réllement bonne figure et sauve ces langues régionales.

Ah quoi bon tirer à boulets rouges sur la langue anglaise (hégémonique) si on traîne un parfum d'exterminateurs de langues. Certes, il est plus facile pour Mr Xavier North (du moins il le croit) de conférencer à Buenos-Aires qu'à Carhaix. C'est pourquoi, les réseaux de la diaspora bretonne doivent être attentifs et demander à la fonction publique des comptes, non seulement pour la langue bretonne mais aussi pour les autres langues et le principe non seulement de diversité linguistique mais de diversité écologique. En effet, certains anthropologues notent que diversité linguistique et diversité écologique ont le même bourreau: un certain ethnocentrisme."

http://diaspora-bretonne.over-blog.com/ 

Le breton : "langue condamnée" ?

L'Agence Bretagne Presse fait état d'une déclaration de M. Xavier North, directeur de la délégation générale à la langue française et aux langues de France, en Argentine, le 4 août dernier, selon lesquelles la langue bretonne serait "condamnée" :

http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=7749&...

L'institution que dirige M. North est donc sensée promouvoir le français et les langues de France mais la page d'accueil de son site nous dit ceci :

"De tous les liens que nouent les hommes dans la cité, le lien de la langue est le plus fort, parce qu’il fonde le sentiment d’appartenance à une communauté. Parce que la mondialisation des échanges et les progrès de la construction européenne ne cessent de le faire évoluer, les pouvoirs publics sont appelés à réaffirmer une politique de la langue qui, tout en veillant à garantir la primauté du français sur le territoire national, participe à l’effort de cohésion sociale et contribue à la promotion de la diversité culturelle en Europe et dans le monde.

La délégation générale à la langue française et aux langues de France élabore la politique linguistique du Gouvernement en liaison avec les autres départements ministériels.

Organe de réflexion, d'évaluation et d'action, elle anime et coordonne l'action des pouvoirs publics pour la promotion et l'emploi du français et veille à favoriser son utilisation comme langue de communication internationale. Elle s'efforce de valoriser les langues de France et de développer le plurilinguisme."

"Valoriser les langues de France" en les enterrant vivantes, voilà une drôle de façon de "valoriser". 

http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/garde.htm 

11/07/2007

Mais pourquoi aurions-nous une autre langue ?

Il y a quelques mois j'éditais une note essayant d'expliquer pourquoi certaines personnes, comme moi, tenons à maintenir vivante une langue, la langue bretonne, dont l'avenir est incertain et le présent compliqué : le nombre de locuteurs est en régression permanente malgré l'apparition des écoles bilingues qui ne compensent pas la disparition des dernières générations de bretonnants de langue maternelle; le statut des langues régionales reste ambigu puisque la seule langue officielle en France est le français, etc. Lectrices et lecteurs de ce blog, vous avez déjà eu l'occasion de lire des choses la-dessus. Histoire d'alimenter le débat, un de mes amis, Georges, enseignant, habitant à Saint-Etienne, livre ici ses remarques par rapport à cette note parue en avril et que vous pouvez lire ou relire en cliquant sur le lien direct. Les intertitres sont de la rédaction!

" D'accord avec ce que tu dis... avec trois réserves et une question :

Une strictement personnelle à moi la mienne, qui, tu verras tourne quand même au débat linguistique...
 J'ai compris, au sens de l'intelligence de la chose, ta démarche et tu sais que je la respecte. D'une part par sympathie pour toi mais aussi, et c'est sans doute plus intéressant, parce que c'est une démarche sincère, profonde et fondamentalement enracinée dans le respect de l'autre (en particulier le non Breton ou le non bretonisant). Tes arguments portent, il m'ont fait beaucoup avancer dans la compréhension d'un phénomène qui m'est très étranger et qui m'apparaît encore souvent comme porteur de haine ou de xénophobie. Pas chez toi, pas dans ta démarche, et tu es le premier à dénoncer les ayatollahs dont je parle ! Mais tu sais de quoi je veux parler et ce n'est pas la peine d'en discuter plus longtemps.

Par contre, je veux préciser ce que je dis quand je dis que je ne "comprends pas". C'est beaucoup plus ancré en moi que le niveau de compréhension emphatique ou 'intelligent' que je viens de décrire. Cette démarche m'est complètement étrangère, et c'est en ce sens là que je dis que je ne te comprends pas ! C'est, je pense du à mon histoire personnelle... et à celle de mon "terroir". Je ne suis pas un homme de racine ! La seule lignée familiale que je connaisse est celle de ma mère et elle n'est pas très fournie. J'avoue ne pas y attacher non plus beaucoup d'importance... Je ne dépasse pas le niveau de mes grands parents (et encore !) dans la construction mentale de mon arbre généalogique... Et ces gens là parlaient déjà français !.. Qu'eux ou leurs aieux aient souffert d'une déculturation linguiste ne fait pas l'ombre d'un doute, mais je n'en suis même pas le témoin indirect ! Quant à ma lignée paternelle, je n'en connais rien si ce n'est le nom et le prénom de celui qui n'a été guère plus que mon géniteur ! Cette histoire personnelle sans être en aucun cas douloureuse n'invite pas trop au culte des racines ! Un psychanalyste y verrait sans doute beaucoup de choses... j'avoue humblement me satisfaire d'un inconscient discret à ce niveau là ! Et, quitte à me chercher une quelconque névrose, de la situer dans ce secteur !

Saint-Etienne et le Forez 
Pour ce qui est de mon "terroir", je suis profondément un citadin, un Stéphanois. J'aime à me promener dans ma région natale et la trouve fort belle, mais de là à revendiquer là aussi une appartenance il y a loin ! Le Forez n'a pas grande unité ni géographique ni historique ni linguistique. Il s'y parlait une langue d'oc, bien entendu, mais très rapidement mâtinée de français et sans doute partie prenante dans la création de cette langue. Les patois ont été rapidement supplantés par un français qui n'est pas, loin s'en faut, un standard de pureté ! Par contre, je suis très attaché aux expressions locales et à l'accent spécifique de Saint Etienne. Ces mots de mineurs et d'ouvriers dans lesquels j'ai grandi me sont chers et j'aime à les employer. Leurs origines sont surprenantes : patois locaux des paysans descendus à la ville, parlés des mineurs polonais passés par la Lorraine, expressions des patrons lyonnais, plus récemment quelques mots d'arabe... Ce mélange chaleureux et créatif m'enchante ! Il y a des mots dont je n'ai pas la traduction en français "pointu" (c'est comme ça qu'on appelle le parlé des Parisiens chez nous).

Babel : une félicité ! 
Mais ce n'est pas la transmission qui m'obsède. Seulement le plaisir des sens et du sens. J'aime à jouer avec les mots, surtout ceux là ! J'aime à partager mon bonheur mais je suis persuadé que mes enfants trouveront d'autres mots ailleurs pour trouver ce plaisir... C'est la fonction de la langue qui m'intéresse dans ces "jeux", pas la langue elle même. J'aime aussi à jouer avec le parler SMS ou ce que j'appelle le shortenglish, l'anglais de boutasse qui me permet de parler à un Espagnol ! Je serais plus près de la Bretagne ou nous parlerions plus ensemble je suis certain que je pidgimiserais aussi la langue celte avec délectation ! Aucune ferveur si ce n'est un respect total pour cet instrument de pensée, de structuration, de beauté, d'expression, d'échange, de compréhension qu'est une langue. Babel n'est pas une damnation mais une félicité ! C'est parce qu'on ne se comprend pas qu'on peut chercher à se comprendre ! Mais peu importe l'idiome. Il sera toujours porteur de sens et ouvrira à la poésie, à la science ou à l'échange si on veut la poésie, la science ou l'échange. Il ouvrira aussi à l'ostracisme et à la guerre si on veut l'ostracisme ou la guerre ! Donc, et " deomp d'ar gêr " , peu m'en chaut du breton, mais vive le breton !

Une société patrimoniale
Une autre réserve sur la notion de patrimoine et de sa conservation qui confine à la question philosophique.  Notre société actuelle est une société patrimoniale. Il faut conserver, protéger, restaurer, accumuler, transmettre... Je ne suis pas persuadé que ce soit une voie pérenne ! Je pense plutôt que cette volonté d'attachement matériel à la chose matérielle est un symptôme d'un mal beaucoup plus profond. Nous vivons une époque qui a perdu le sens de l'humain et qui à la fois scie la branche sur laquelle elle est assise tout en traitant le bois pour qu'il ne pourrisse pas ! Notre humanité se raccroche à ce qu'elle peut pour ne pas voir le néant dans laquelle elle se jette à corps perdu... Nous sommes essentiellement des êtres de passage, sitôt venus, sitôt partis. C'est dur à admettre mais c'est notre destinée humaine, environ 80 ans pour nous (et c'est déjà beaucoup plus qu'il n'y a pas si longtemps ! ) point à la ligne ! Les obélisques ou les pyramides de verre n'y changeront rien !

Heureusement, il n'y avait pas que des râleurs
Je ne crois pas au Progrès et ne veux faire ni table rase du passé ni fi de la modernité ! J'entends Hagège qui se lamente avec raison de la richesse perdue pour chaque mot oublié ! Mais je l'entends aussi dire la dynamique créative, intégrative de toute langue. Je suis certain que conserver s'oppose souvent à créer ! Créer c'est faire du nouveau avec l'ancien ! C'est dépasser l'ancien, le vu, le su pour en faire un à voir et un à savoir. Une langue, comme tout patrimoine doit vivre, créer, innover et... pourquoi pas disparaître ! Je ne suis pas nostalgique de toutes les grottes décorées à jamais disparues... mais je suis touché aussi par l'humanité qui a présidé à la décoration de celles que nous connaissons ! Je suis aussi persuadé qu'il a du se trouver des cro-magnons pour râler contre ces salopeurs de biotopes qu'étaient ces peintres à la noix qui passaient leur temps à taguer les cavernes ! Heureusement qu'il n'y avait pas que des râleurs...

Le débât n'est pas clôt
Une dernière réserve, historique celle là ! Tu la connais déjà, j'en ai déjà parlé... La construction de la France s'est faite essentiellement autour de l'imposition d'une langue comme langue commune. C'est un traumatisme important et je n'en nierais jamais ni les souffrances, ni les outrances ! Avec le recul du temps, nous, nous pouvons faire l'analyse d'une autre voie possible, une voie de respect et de bilinguisme... Je pense que ce point de vue est une reconstruction a posteriori et que d'une part elle n'apporte pas grand chose puisque les choses sont faites et que d'autre part les choix faits à l'époque étaient sans doute vécus comme nécessité historique ! Ça n'excuse rien pour la barbarie de la chose mais je crois importante la démarche historique évitant les reconstructions a posteriori.

Enfin une question, à prendre avec le sourire, mais pour réfléchir quand même : Quelle langue parlait les autochtones* avant que des Celtes leur tombent dessus et leur imposent leur langue ?

Tu vois, le débat n'est pas clôt ! mais je suis certain que toi comme moi continueront notre petit chemin fait de plus d'interrogations que de  réponses ! ce qui ne nous empêche pas de répondre... ou de chercher une réponse !

Merci pour le temps passé à écrire et à lire ! ce n'est pas du temps perdu même s'il n'est pas consacré à l'étude du breton.

Amicalement, GG"

* Note de la rédaction : Avant l'arrivée des Celtes, qui ont dominé l'Europe occidentale, et la Bretagne, pendant les siècles précédents l'empire romain (à partir du VIIIe siècle av-JC), le territoire de l'actuelle Bretagne était peuplé mais on ne sait pas grand-chose de ces populations, et encore moins de leurs langues. Il s'agissait peut-être des descendants des populations mégalithiques qui avaient dressé les menhirs il y a environ 5.000 ans...

Cette note répond à une note parue en avril que vous pouvez lire en cliquant ici : 

http://rezore.blogspirit.com/archive/2007/03/31/perak-e-v... 

Hag an destenn e brezhoneg :

http://rezore.blogspirit.com/archive/2007/03/31/perak-e-v...

05/07/2007

Langues régionales : audition au Parlement européen


L'association EBLUL-France comité français du Bureau Européen pour les Langues Moins Répandues, a été auditionnée au Parlement européen sur la question de la discrimination inguistique. Voici son communiqué de compte-rendu :

" A l'initiative du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, les 2 et 3 juillet, une audition s'est tenue au Parlement européen à Bruxelles sur la question des conséquences de la discrimination linguistique en Europe. La perte d'estime de soi-même, la non-transmission de la langue, l'uniformisation et le fait d'être traités en citoyens de seconde zone ont été soulignés. Tangi Louarn est intervenu au nom d'EBLUL-France, le comité français du Bureau européen des langues moins répandues. Il a présenté le rapport remis en mai au Comité des droits économiques sociaux et culturels de l'ONU qui montre les discriminations que les locuteurs de langues régionales en France subissent au quotidien quand ils veulent faire usage de leur langue : refus d'ouverture de classes bilingues, refus de subventions pour des crèches dans la langue régionale, refus de la présence de la langue dans la vie publique. Il a mis en évidence que la loi est discriminatoire en France, car elle ne vise à protéger que le français. Un intervenant a rappelé la citation de Lacordaire : « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

Mais en France la loi ignore les langues régionales et ne protège que la langue dominante, le français. La France n'a en outre ratifié aucune convention sur le droit des minorités ni même la Charte européenne des langues régionales. La Fance n'a pas ratifié non plus le protocole additionnel n° 12 à la convention européenne des droits de l'homme qui prévoit la non discrimination notamment par rapport à la langue. Certains intervenants ont évoqué l'hypothèse d'une « lingua franca » commune à tous, l'anglais ayant acquis, en l'occurrence, un avantage certain en Europe. Mais elle met les locuteurs natifs de cette langue dans une situation de pouvoir privilégié, ce qui est le cas pour toute langue dominante. D'autres au contraire ont mené des charges, parfois assez violentes, contre l'anglais accusé de faire disparaître toutes les autres langues et imposé de fait à tous, se substituant même de plus en plus aux langues nationales dans les échanges et devenant un facteur de discrimination à l'embauche.

La solution TSA (Tout Sauf l'Anglais) de privilégier l'apprentissage de quatre langues, allemand, italien, espagnol et français, en y ajoutant éventuellement l'anglais (Claude Hagège), n'a pas forcément convaincu les locuteurs des langues régionales ou minoritaires de la sincérité d'une démarche de réelle volonté de promotion de la diversité linguistique européenne. La politique française, en tout cas, ne plaide pas en ce sens. La question de la diversité linguistique européenne au-delà du privilège des langues des Etats, voire seulement de certains Etats, est plus que jamais posée."

EBLUL-France 04:07:07 (source : Agence Bretagne presse)

EBLUL-France comité français du Bureau Européen pour les Langues Moins Répandues, association inscrite au registre des associations du Tribunal d'Instance de Strasbourg et régie par les articles 21 à 79 du Code civil local adresse postale : EBLUL-France c/o Conseil Culturel de Bretagne 7 rue Général Guillaudot F-35069 RENNES cedex tél / fax : 02 99 87 17 65 tél : 02 99 63 18 83 Adresse : eblul-fr@orange.fr - site :

http://www.eblul.org

22/04/2007

Le français "dernière religion d'Etat"

"Bernard Cerquiglini est convaincu que la langue française est la dernière religion d’Etat. Il faut devenir laïc en matière de langue" : le linguiste Bernard Cerquiglini s'exprime sur le français et les langues régionales dans un entretien du Café géographique, édité en 2004 mais toujours d'actualité :

http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=301 

05/04/2007

Le blog de Jean Quatremer : Sarko, l'Europe et ses langues, etc.

Concernant le fragment de discours de Nicolas Sarkozy, je vous conseille le commentaire (daté du 31/03) de Jean Quatremer, journaliste de Libération à Bruxelles, qui tient un blog ("Coulisses de Bruxelles") très intéressant, de mon point de vue. Il vient de publier une nouvelle note sur la tendance de certains responsables européens à n'utiliser qu'une seule langue dans les institutions européennes, et ce n'est pas le français ! Bizkoazh kement all (jamais autant !) ! Là aussi, le multilinguisme est une conquête ! 

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/

13/03/2007

Ar galleg en arvar ? Le français en danger ?

Tud a lâr e vehe ar galleg en arvar a gaos d'ar saozneg ! N'eo ket ar pezh a sonjan-me, nag ar pezh a zo skrivet barzh Libération hiriv, kit da welet/Certains affirment que le français serait menacé par la domination linguistique anglaise; je ne le crois pas, ni l'auteur de l'article en lien  :  

http://www.liberation.fr/vous/240455.FR.php